3 février 2016 : Norman Wells aujourd’hui

Sur Jackfish Lake

Après l’Histoire des Amérindiens et de Norman Wells, il est temps, après 5 mois sur place, de brosser un portrait plus subjectif des lieux. Nombreux sont ceux qui vivent dans le Grand Nord, non par misanthropie ou par goût pour les espaces sauvages, mais pour faire de l’argent, les salaires y sont en effet très élevés, 100 000 $ à l’année est monnaie courante. Les dollars sont censés compenser le froid et l’obscurité de l’hiver, les nuées acharnées de mouches et de moustiques l’été, et plus généralement, l’absence de loisirs. Dans ces conditions, certaines personnes ne restent que quelques années, d’autres quelques semaines seulement. Sur 800 habitants, seuls 50 ont plus de 55 ans et sont considérés comme des anciens, avec une carte de membre, des avantages financiers, des dîners, etc. Ces anciens sont en général des personnes aimant le Grand Nord pour ce qu’il est, et qui, bien souvent, ont arpenté la forêt pour trapper ou faire du sport.

En route pour 3 jours d’entrainement dans les montagnes.
C’est pourquoi, toute la vie municipale s’organise autour de ce temps de résidence très court des habitants. L’isolement de la ville, avec ses frais de transport par avion, exorbitants, force les nouveaux arrivants à acheter le superflu sur place et à s’en débarrasser avant de partir. Tout ce qui ne peut être réparé sur place fini également à la décharge. En outre, les mentalités sont peu enclines à la préservation de l’environnement, le Canada a d’ailleurs été classé 4eme pays le plus pollueur au monde, en terme d’émission de CO2 par habitant, et le CAT (Climate Action Tracker) juge les efforts de ce pays très insuffisants. Des maisons en préfabriqué, mal isolées, vétustes après 20 ans, des bâtiments publics éclairés (intérieur comme extérieur) jours et nuits, et chauffés à outrance, des véhicules dont on ne coupe jamais le moteur, etc. Sans parler de tout ce que l’on retrouve à la décharge, en particulier des habits quasi neufs avec lesquels je m’habille. Lors de mes “tournées d’inspection” pour ramasser des canettes, j’ai beaucoup ri en voyant des sapins de noël dont on n’avait pas pris la peine d’enlever les guirlandes, moins lorsque j’y ai découvert un loup mort, la tête coincée dans une poubelle. Le premier loup de ma vie, je l’ai vu ici. Je ressens encore une immense tristesse à l’évocation de ce souvenir. L’esprit de protection de la Nature, évoqué dans le précédent résumé, est bien loin… La chasse est maintenant un sport et il est regrettable qu’il se pratique aux dépens d’êtres vivants qui, eux, n’ont pas décidé de jouer.
Après 6 h d’ascension.

On ne peut évoquer Norman Wells sans parler de tout ce gaspillage qui saute aux yeux et de ce mode de vie presque démodé où les échos du monde civilisé, en plein chamboulement, ne sont pas encore parvenus, Norman Wells me donne parfois l’impression d’être déjà un musée. Parfois c’est un théâtre où l’on joue une fade réplique ou une parodie de la vie comme on la connaît plus au sud. Mais la réalité économique pourrait bientôt s’imposer brutalement et en faire un village fantôme car tout ici repose sur l’exploitation du pétrole qui perd petit à petit sa rentabilité. Norman Wells, c’est donc beaucoup d’ennui que chacun s’efforce de chasser comme il peut, la boisson tenant le dessus du panier. Un ennui qui se développe en maladie que j’ai dénommé : “Busy-busy” (occupé-occupé) car les personnes “atteintes”, nombreuses, développent le talent d’étaler sur une journée entière ce qui prend en général une heure ou deux et se réclament alors d’être “Busy-Busy”. Je me suis essayé à cet art sans parvenir à de grands résultats, même si par moment, je sens bien que je me laisse contaminer à mon tour ! Chers lecteurs, je suis navré de ne pas vous donner des nouvelles plus réjouissantes mais je n’ai pas choisi l’endroit où hiverner, aussi je m’efforce de vous décrire tout cela avec humour.

Harold, Margrit, Michelle et Wes.
Enfin, pour finir sur une note positive, je tiens à dire que Norman Wells ce n’est pas que cela. C’est un endroit magnifique et paisible où les policiers se tournent les pouces, et où chacun se fait signe à travers le pare-brise du traditionnel pick-up dont la seule fantaisie est de varier en trois teintes : rouge, blanc ou noir. Ici, l’entraide n’est pas un vain mot et l’on ne laisse personne sur la touche. Même les étrangers, sans papier, comme moi y sont bien accueillis et je n’ai eu qu’à ouvrir les bras et à dire merci pour passer cet hiver dans de bonnes conditions. Ces 5 mois à Norman furent riches de rencontres et d’enseignements mais il est maintenant temps de reprendre ma route et de profiter de mes deux dernières semaines de repos, le départ étant prévu pour le 15 février. Je vous tiendrai informé des ultimes préparatifs la semaine prochaine. A très vite…
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