6 janvier : Conte amérindien

6 janvier 2016

La période des fêtes de fin d’année n’est-elle pas un moment privilégié pour lire des contes ? La neige, le froid et l’obscurité qui règnent sans partage sur Norman Wells rendent inappréciables les heures de lecture passées au coin du feu ou à la bibliothèque. Alors que je recherchais des ouvrages pour écrire le précédent article concernant la grande histoire de Norman Wells, j’y ai trouvé un livre de traditions et de croyances Déné, l’ethnie locale, inventoriées il y a 150 ans par le prêtre Emile Petitot. J’ignore si, à cette période, les missions catholiques avaient déjà dévié les croyances amérindiennes, toujours est-il que l’on peut y découvrir l’histoire de la Création, du Pécher originel, du Déluge, de la Tour de Babel….etc., le tout teinté d’animisme et se déroulant en pleine forêt boréale. Bien plus qu’un livre de contes, il s’agit d’une véritable Bible Déné.

En cette période festive, je vous offre, chers lecteurs, le plus pittoresque :

 

La fin du monde.


Au commencement, l’homme vivait exactement comme maintenant : il chassait, pêchait, mangeait, buvait et les maris dormaient avec leurs femmes. Quand l’hiver venait, il y avait de grosses chutes de neige et le cœur des hommes était inquiet. Il y avait tellement de neige que seule la tête des grands pins était visible et il était impossible de faire quoi que ce soit. Tous les animaux souhaitaient partir pour une terre plus chaude. En ce temps là, hommes et animaux vivaient ensemble et communiquaient fréquemment. Un jour, ils discutaient au sujet de ce départ. La Terre était  alors totalement gelée comme un immense glacier et les hommes et les animaux mouraient de froid. L’écureuil, qui était plus agile que les autres, grimpa en haut d’un grand pin et fit un trou dans le ciel avec ses pattes. La lumière inonda alors la Terre. “L’écureuil est le chef!” crièrent-ils. Mais l’écureuil était un petit peu trop près du soleil et son dos, brûlé, devint roux, il a conserve cette couleur de nos jours. C’est ainsi que l’écureuil créa la lumière. Avant lui, il n’y avait rien que le froid et l’obscurité, c’est pour cette raison qu’il est devenu un grand chef.

Longtemps plus tard, ce fut au tour de l’ours de régner sur la Terre. Le ciel était comme une fourrure, avec un trou, d’où l’obscurité pénétrait. C’était l’ours qui faisait la nuit car il aimait l’obscurité, ce n’était pas une bonne créature. Avec son fils, il contrôlait aussi la chaleur. Il y avait un arbre au milieu de la Terre où l’ours avait accroché un sac contenant la chaleur, cet arbre était très bien gardé. En fait, il y avait plusieurs sacs sur cet arbre : l’un contenait la chaleur, un autre la pluie, un troisième la neige, l’orage dans un quatrième, le beau temps dans un autre, de même pour le froid et la grêle. “Prenons le sac de la chaleur”, pensait chacun, mais c’était plus facile à dire qu’à faire. L’ours et son fils surveillaient constamment au pied de l’arbre. “Qui d’entre nous décrochera le sac de la chaleur ?” se demandaient-ils les uns aux autres. “Qui est l’homme capable de défier l’ours ?” Le caribou s’avança : “Je vais le faire” dit-il, “car je suis rapide sur mes pieds.” Alors le caribou nagea en direction de l’ours, vers l’arbre qui était sur une île, et détacha le sac contenant la chaleur avant que l’ours ne puisse mettre la main sur lui. L’ours jeta son canoë à l’eau et pagaya après le caribou. Le caribou nageait aussi vite qu’il le pouvait quand, soudainement, la pagaie de l’ours se brisa. Le caribou fût alors hors de danger. La souris dit : “La pagaie s’est cassée car je l’ai grignotée pendant la nuit.” Le groupe s’éloigna alors en transportant le sac contenant la chaleur. La charge était lourde aussi la transportait-il a l’aide d’un bâton. Le chemin était long pour rentrer chez eux et ils s’arrêtaient souvent pour dormir. Une nuit, tandis qu’ils campaient, la souris décida de réparer ses chaussures qui étaient en lambeaux. Elle découpa alors une petite pièce de tissu dans le sac.

Hélas ! Tragédie ! Dès que le sac fût coupé, toute la chaleur se déversa et toute la neige, se mit à fondre. Elle fondit si vite que toute la terre fût sous les eaux, même les plus grands sommets furent submergés. Il y avait un vieil homme, avec les cheveux blancs, qui avait prévu cela. Il avait dit à sa famille : “Construisons un canoë et nous serons sauvés.” Sa famille riait de lui. “Fais-en un toi même, nous, nous vivrons dans les montagnes, l’eau ne nous atteindra pas. Toutefois, ils se trompaient tristement, car l’eau les rattrapa, et ils furent tous noyés. Même les Rocheuses étaient recouvertes, plus aucune terre n’était visible. C’est sûrement la fin du monde disait-on, car hommes, animaux et même les oiseaux périssaient. Cependant, le vieil homme, dont chacun se moquait, avait construit un bateau où il avait placé les animaux et les oiseaux par couple, et tous naviguèrent au loin. Cet homme était appelé “Grand-père” ou plus simplement “Vieil homme”. Pendant très longtemps, ils vécurent sur le canoë, sans terre à l’horizon. Les animaux qui savaient nager cherchaient continuellement une terre, toujours en vain. Plusieurs fois, ils plongèrent dans les profondeurs sans jamais parvenir à toucher le fond. Un jour, la colombe se mit aussi à la recherche d’une terre, mais elle revint épuisée et bredouille. Le jour suivant, elle chercha encore jusqu’au soir. Elle revint hors d’haleine mais elle tenait dans ses griffes une jeune pousse de pin, en outre, elle dit avoir vu la tête de plusieurs pins et s’être reposée sur l’un d’eux. Tous les animaux se réjouirent de la nouvelle et recommencèrent à plonger à la recherche de la terre. Tous les oiseaux et les animaux, dont l’habitat se trouvait immergé, prenaient part aux recherches. Le rat musqué plongea puis, finalement, refit surface essoufflé : “Toujours pas de terre.” dit-il. Puis, enfin , le canard plongea et quand il remonta, il tenait un peu de terre dans ses pieds palmés. “L’eau redescend ! La Terre revient !” chacun criait. “Le canard est un grand chef !” Voila pourquoi le canard de l’Arctique est une grande et puissante créature, un chef.                                     

Si le récit n’était aussi long, j’aurais également partagé la légende alaskan : “The two old women” de Velma Wallis. C’est l’histoire de deux vieilles femmes abandonnées pendant un rude hiver ; un hiver froid où la nourriture était difficile à trouver. La tribu souffrant de la faim est contrainte de se déplacer vers des terres plus giboyeuses sans pouvoir emporter avec elle les deux grabataires. En ces temps reculés, nécessité fait loi et l’usage était ainsi envers les anciens. Abandonnées à leur triste sort, les deux vieilles femmes vont être contraintes de jeûner et de se débrouiller seules pour survivre et poser des pièges pour se nourrir. Ce jeûne va les transformer physiquement et psychologiquement : elles vont retrouver une seconde jeunesse. Un an plus tard, quelle ne sera pas la stupeur de la tribu de les revoir vivantes et en forme.

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