Du 13 au 17 août 2015 : Lac Athabasca à Fort Chipewyan

Lac Athabasca

13 août 2015

Vu les conditions actuelles de mon isolement, je ne peux qu’envoyer  ma position, dès que j’aurais une connexion internet je vous donnerai de mes nouvelles.

Fort Chipewyan

17 août 2015

Robert de la Nuna Company

J’ai quitté Black Lake sous d’heureux auspices avec un généreux vent d’est qui ne m’a pas quitté pendant cinq jours. J’ai ainsi pu filer toutes voiles dehors vers de nouvelles aventures. Je les bois avec avidité, sans jamais être rassasié, c’est mon oxygène. Depuis le dernier résumé, douze jours seulement se sont écoulés qui me paraissent une éternité. Je ne sais par où commencer.

Tout d’abord, quelques mots sur le lac Athabasca que j’ai traversé dans toute sa longueur, 400 km en tenant compte de la fin de la rivière Fond-du-Lac. Le nom Athabasca dérive du nom cri,  athapiscow , qui veut dire zone ouverte. Ce lac est si vaste qu’il ne se distingue en rien d’un océan, si ce n’est l’absence de sel. Lac de la démesure, profond de plus de 200 m, il abrite, entre autres, des truites de plus de 40 kilos. Ses berges principalement

Route menant à Black Lake

rocheuses ne sont pas en reste. On peut admirer successivement des dunes (sur la rive sud ou je ne suis allé), des montagnes à caribous gigantesques, des plages de sable blanc, des ilots regorgeant de baies, ou encore, des falaises et des grottes pour ne mentionner que cela. Jamais le regard ne se repose devant tant de joyaux de la création qui paraissent intacts, comme sous cloche, depuis la nuit des temps.

J’ai croisé peu d’êtres humains ces derniers jours mais les rencontres furent intéressantes. Je garde notamment un excellent souvenir d’un camp de géologues perché tout en haut d’un îlot rocheux. Armés d’un compteur Geiger, ils étaient à la recherche d’uranium, de potassium,… etc. Si j’étais géologue, je ferais de faux relevés afin que l’on ne trouve jamais rien et que les montagnes restent sous cloche. Un peu plus loin, à Uranium City, j’ai également fait la connaissance du très sympathique Robert, employé de la Nuna Company, qui travaille à l’enfouissement des derniers sites radioactifs de cette mine fermée depuis 1982. Je me suis ensuite dépêché de quitter Uranium City afin de ne pas souffler mes 31 bougies en ces lieux, ce qui aurait été un comble pour un écolo !Seul pour fêter mon anniversaire, la nature m’a comblé de cadeaux : nuit dans une cabane en bois avec aurore boréale, puis grand soleil sans un brin de vent, et des myrtilles en veux tu en voilà. Je ne pouvais rêver mieux.

Quiétude absolue sur le lac Athabsaca

Le lac sait se montrer généreux mais ces colères sont terribles, gare alors aux imprudences ! Un simple moment d’inattention en accostant sur une plage a suffit pour qu’un rouleau me renverse. Il s’agit d’avoir toujours un œil devant ou derrière soit pour guetter les vagues et les prendre avec le bon angle, ou bien accélérer autant que possible pour ne pas être retourné. Je repense également aux bras de fer maintes fois renouvelés pour ne pas être repoussé au large par le vent qui se lève, lorsque je suis à plusieurs kilomètres de la rive. Dans ces moments là, je me laisse submerger par une colère sans borne, je hurle toute ma rage au vent qui, lui, me hurle mon insignifiance. Cela dure quelques minutes avant que je ne rentre dans une sorte de transe salvatrice durant parfois des heures. Un calme intérieur absolu arrive alors grâce auquel je parviens à pagayer comme une machine, sans éprouver la moindre fatigue, avec toute la force requise pour me sortir de là. Curieusement, je garde toujours un bon souvenir de ces moments difficiles, sans quoi, il y aurait longtemps que je serais rentré à la maison !

Un peu de repos

Après tout ce flot de sensations, je suis arrivé, sain et sauf, à Fort Chipewyan, province de l’Alberta, où j’ai rencontré une autre communauté amérindienne isolée. Ce village charmant de mille habitants résume à lui seul toutes les représentations que l’on peut se faire du Grand Nord canadien: derrière des rideaux épais de résineux, les chiens-loups des mushers hurlent, les tronçonneuses vrombissent, et des cabanes en rondin se construisent. Plus étonnant, quelques potagers s’épanouissent à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire, sans qu’ils n’aient rien à envier à ceux de mes compatriotes.Un peu perdu à une intersection, harassé et sale, j’ai eu la chance de rencontrer Laurraine Mercredi, anthropologue de formation, actuellement membre du conseil

Toutes voiles dehors
Toutes voiles dehors

d’administration de sa ville, qui m’a proposé de m’héberger jusqu’à lundi matin, le temps que la poste ouvre, pour que je puisse récupérer mon ravitaillement. Je profite de ce dimanche pour réparer le matériel défectueux de mon équipement et reposer mon pied gauche qui a encore écopé d’une pointe… J’oubliais de préciser que Laurraine est l’une des rares jardinière de Fort Chip’ (comme disent les intimes) et que je me retrouve comme à la maison pour ce qui est de la nature de mes repas. Quelle joie de manger des légumes qui ont du goût !

J’ai appris avec un immense plaisir que la communauté de Fort Chipewyan s’oppose a la création d’une route “toute saison”, comme celle qui mène à Black

Orage à l’approche
Orage à l’approche

Lake, qui la relierait au sud du pays pour offrir le champ libre à toutes sortes d’exploitations minières et de trafics. J’ai été stupéfait et attristé par la différence entre les communautés amérindiennes reliées par une route et les autres (voir résumé sur Oxford House). On ne peut que se réjouir d’une telle prise de conscience, à temps… Puisse leur exemple en inspirer d’autres avant qu’il ne soit trop tard !

“Cliff…hanger”
“Cliff…hanger”
Potager à Fort Chipewyan
Potager à Fort Chipewyan
Fort Chipewyan
Fort Chipewyan
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