Du 13 au 20 septembre 2015 : Fort Simpson à Tulita

Fort Simpson

13 septembre 2015

Couleurs d’automne
Couleurs d’automne

Après avoir achevé le précédent résumé sur l’ordinateur de Tim, nous avons partagé un repas copieux et amical qui a régénéré mes forces. J’ai alors réalisé à quel point les doutes dont je vous faisais part, quant à ma forme physique, étaient exagérés. C’est sur les chapeaux de roues et sous un ciel clément que j’ai repris ma route sur le fleuve Mackenzie, superbement éclairé par des feux de couleurs, ceux allumés par l’automne.

J’ai transité brièvement par Fort Simpson où j’ai visité un camp aménagé pour la transmission du savoir ancestral Déné (peuple amérindien) auprès de jeunes enfants. Ils apprennent à s’occuper d’un potager,à coudre, à fumer du poisson, etc. J’ai appris, entre autres, que la tête de poisson est la partie la plus nutritive et qu’elle est mise à bouillir dans la soupe. Autrefois, tous les 3 ans, Fort Simpson était un haut lieu de rassemblement. Des milliers d’Amérindiens arrivaient de tous

Confluence avec la Liard
Confluence avec la Liard

les horizons, les rives étaient alors jonchées de canots d’écorce de bouleau et l’on pouvait voir partout se dresser des tipis d’où s’échappait une éternelle fumée. C’est sur l’un de ces anciens sites, en conservant le même foyer, que le camp dédié aux nouvelles générations a été édifié.

Puis j’ai pagayé encore 80 km, avant d’être stoppé par une tempête qui a fait tomber certains arbres. Le hasard a voulu qu’elle démarre précisément quand j’arrivais à hauteur d’un ferry, lui aussi bloqué par le vent, c’est tout dire… Cette fois j’ai assez de nourriture pour patienter mais j’arrive à court de lecture, ce qui est presque pire ! Je dévore actuellement Les mille et une nuits qui ne dureront, hélas, que quelques-unes. Tenaillé par la soif de lire et bloqué pour encore 36 heures, au vu des prévisions,  j’ai fait du stop jusqu’à Fort Simpson pour trouver des livres et prendre davantage le temps de visiter cette communauté. Le hasard, déchaîné comme le vent, m’a drossé vers Michel un enseignant en mathématiques et Robin un bûcheron, tous les deux Québecois, qui m’ont réservé un accueil absolument extraordinaire. C’est donc en bonne compagnie que je m’apprête à visiter Fort Simpson en attendant que le vent se calme et qu’il m’autorise à continuer mon voyage.
Potager éducatif à Fort Simpson
Potager éducatif à Fort Simpson

Comme me le disait justement Gilbert, un enseignant au camp : “Quand le vent t’arrête pour plusieurs jours, il y a toujours une bonne raison, parfois c’est simplement pour que tu prennes le temps de visiter les environs.”

Je vous ferai part de tout cela avec plaisir, comme toujours, dans le prochain épisode.
Ferries
Ferries

 

 

 

 

 

 

 

Tulita

20 septembre 2015

Michel de Fort Simpson
Michel de Fort Simpson

J’ai passé une journée intéressante, au point de vue culturel, en compagnie de Michel qui a fait tout son possible pour m’être agréable. J’ai fini par remercier Eole de m’avoir conduit jusqu’ici. Je ne peux résister à la tentation de vous énumérer les différentes activités professionnelles qu’a exercées Michel. Par ordre chronologie, il a été bedeau, soldat de la marine, puis directeur du personnel dans une agence de télécommunication. Il est actuellement professeur de mathématiques à Fort Simpson et se charge de former des serveurs pendant l’été dans un restaurant huppé de Toronto. Voyageur international émérite, il a comme projet d’épouser une jeune millionnaire chinoise, et de se lancer dans le commerce du vin. Wouaou ! Preuve faite que l’aventure peut aussi se vivre en terrain parfaitement civilisé ! Merci pour tout Michel, je te souhaite un franc succès dans tous tes projets !

Fort Simpson
Fort Simpson
Une fois encore, j’ai quitté l’agitation du monde civilisé qui, aussi passionnante puisse-t-elle parfois se montrer, finit toujours rapidement par me peser, sans que je me sente capable de la quitter définitivement. Comme l’a superbement écrit Kessel en parlant de Mermoz : “Pour vivre, il devait s’évader de la vie.” Je ne pourrai exprimer plus précisément ce que je ressens, lorsque je trouve l’énergie de renouveler sans cesse, des adieux auprès d’amitiés tout juste formées. Tant qu’il y aura des endroits sauvages dans le monde il y aura une issue de secours. C’est donc par le Mackenzie que je me suis échappé.
Roche-qui-trempe-à-l’eau
Roche-qui-trempe-à-l’eau

Pagayer au mois de septembre au-delà du 60éme parallèle ne relève pas de l’idylle car je suis la moitié du temps dans le brouillard ou les nuages bas, et les arbres n’ont déjà presque plus de feuilles. Bref, le temps ne se prête guère aux ablutions auxquelles je me livre. Moins fous que moi, les migrateurs volent en formation vers le sud, aidés par un vent du nord, qui entrave le plus souvent ma progression. Plus gênant, les coupures et éraflures (principalement aux pieds) ne cicatrisent plus, en raison d’une humidité dépassant souvent les 90%, alors que les prévisions annoncent de la neige pour

Barge dépassant la mesure
Barge dépassant la mesure

les prochains jours… Il est grand temps que je rejoigne Norman Wells, à seulement une journée de pagaie, et terminer ainsi la partie kayak. Quelques soient les rigueurs du climat, Mère Nature pense toujours à récompenser les assoiffés d’azur qui s’y soumettent avec résignation. Ainsi, la vue d’un lynx altier, me toisant du haut d’un tertre, puis en escaladant un autre avec une grâce aérienne, fut suffisante pour me faire oublier tous les mauvais moments. D’une manière générale, en cette fin de saison, les animaux se montrent moins discrets, ours noirs, renards et élans ne sont pas rares sur les berges.

A

Une bonne nuit au chaud
Une bonne nuit au chaud

près Norman Wells, je partirai pour une marche de 600 km, en autonomie, à travers les Rocheuses. Depuis le lit du fleuve je les vois déjà, intimidantes et mystérieuses, qui attisent curiosité et appréhensions. Pour l’heure, je me trouve bloqué par une tempête à Tulita, petite communauté amérindienne isolée. J’ai décidément maille à partir avec le vent, troisième tempête en trois semaines, je m’estime toutefois chanceux d’avoir pu me mettre à temps au chaud et au sec, chez Ryan, un employé des parcs nationaux, dans de très bonnes conditions pour cicatriser mes plaies.

Dès que j’aurai récupéré tout mon équipement hivernal à Norman Wells et que je serai prêt à escalader les Rocheuses je vous écrirai.
D’ici là, chers lecteurs, portez-vous bien !

Un Mackenzie sauvage
Un Mackenzie sauvage
Matin frais
Matin frais
Tenue idoine
Tenue idoine
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