Du 16 au 25 mai 2016 : Séjour à Ross River et Dawson

Séjour à Ross River

16 mai 2016

Comme je le relatais précédemment, un policier est venu me chercher par bateau, puis, une fois sa mission terminée, il s’est ingénié à me trouver une famille d’accueil. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance d’Irène et Jean-Claude, deux francophones, chez qui je passe le plus agréable des séjours. Toutefois, en voyant venir l’uniforme à ma rescousse, je savais que les ennuis l’accompagneraient. Rapport oblige suite à une intervention, Patrick, le policier si serviable, m’a demandé mon passeport, or, mon visa est expiré depuis 6 mois. 6 mois que j’évite soigneusement tout contact avec la gendarmerie et que j’ai des sueurs froides quand que je les croise. Après m’avoir secouru et logé, Patrick craignait d’avoir à revenir pour m’arrêter… Après quelques coups de fil, ses supérieurs l’ont informé que ma présence au Canada ne posait aucun problème tant que je n’enfreignais pas la loi. Gros soulagement ! Et pour clore le chapitre des coups de théâtre, j’ajouterai que les services postaux de Ross River n’ont pas vraiment apprécié de devoir conserver mes nombreux colis en poste restante, certains pendant plus de 6 mois, et qu’ils étaient prêts à les renvoyer. La catastrophe n’est encore pas passée loin !

Mais revenons  à mes hôtes ; Jean -Claude est, comme beaucoup au Canada en raison de l’isolement, un homme à tout faire. Il a, entre autres été bûcheron, c’est une grande famille, et professeur de finances. A 63 ans, il est agent pastoral depuis 6 ans et en plus de faire la messe, c’est lui qui entretient l’église. Il travaille du matin au soir et met gratuitement son savoir-faire au service de la population. A la fois compétent et populaire, le diocèse de Whitehorse l’a récemment chargé de rénover toutes les églises du Yukon. Avec sa femme, ils approvisionnent même en œufs, les 300 habitants de Ross River. Irène, elle, consacre ses journées à prendre soin de tout le monde. Elle donne tout son temps et son attention pour

Irène et Jean Claude
Irène et Jean Claude

obliger ses nombreux visiteurs. Dans sa maison, chaque invité se sent comme un membre de la famille. C’est en leur compagnie que j’ai eu le plaisir de poser quelques questions à Norman Winther et de rencontrer une bonne partie de la population.

Après ces quelques jours de repos en charmante compagnie et avoir assouvi un ardent désir de fruits et légumes frais, je suis prêt à reprendre du service pour l’ultime étape canadienne. L’Alaska n’est plus qu’à 700 km, soit une semaine de kayak. Pour cela, je m’apprête à descendre la Pelly river, puis la Yukon river jusqu’à Dawson city. C’est de cette ville, rendue mythique par la ruée vers l’or, que je vous donnerai prochainement de mes nouvelles.

Dawson

25 mai 2016

la Pelly river
la Pelly river

J’ai quitté Ross River sous un beau ciel bleu qui a exacerbé mon enthousiasme à reprendre la pagaie. A raison de 10 h d’effort quotidien, mon rythme habituel, et poussé par un courant de 5-6 km/h, je peux maintenant abattre 100 km par jour. Le changement d’allure avec la luge est grisant !

Le parcours présentait une seule difficulté, une série de trois rapides classés de II à III, à l’intérieur de Granit canyon, long de six kilomètres. L’eau étant très froide, la rivière large et tout repérage impossible, je portais la balise de détresse sur moi, au cas où j’aurais chaviré, et ne puisse récupérer mon embarcation. Je me suis engagé dans le mauvais couloir dans le deuxième passage et j’ai dû user d’acrobaties pour rétablir la situation, l’expérience accumulée l’année dernière a porté ses fruits.

Granit Canyon sur la Pelly
Granit Canyon sur la Pelly

Le printemps est définitivement installé, les températures avoisinent les 20 degrés et je peux agrémenter mes repas avec de jeunes plantes, des feuilles et des bourgeons très riches en vitamines. Encore une fois, tout cela est très précoce pour la saison, l’hiver 2016 est l’année du jamais vu pour sa clémence, particulièrement dans le Yukon où le réchauffement climatique est le double du réchauffement planétaire global. Tout l’écosystème en est modifié, des saumons qui remontent plus tôt, jusqu’aux touristes qui arrivent avant l’ouverture officielle de la saison. Je ne reconnais plus le Grand Nord !

Fort Selkirk, poste de traite abandonné
Fort Selkirk, poste de traite abandonné

Après 7 jours et demi de kayak, je suis arrivé à Dawson, des ampoules plein les mains et des fourmis dans les pieds, de hâte de visiter la dernière ville canadienne de l’expédition. Se représenter Dawson, 1300 habitants, est aisé : imaginez une ville de western avec ses hôtels, sa banque, les trottoirs en planches, les rues boueuses et bien sûr les saloons où le piano déverse une pluie de notes qui s’échappe au-delà des portes battantes. Tout y est, même le French Cancan, à ceci près que le whisky ne coule plus à flot comme autrefois, quand, il y a un siècle environ, 30 000 aventuriers venus du monde entier, s’étaient établis, animés par le vague espoir de faire fortune grâce à l’or.

Je suis arrivé ici à la loyale, à la force des bras et des jambes, dans ce décor

en tenue de pêcheur a la mouche
en tenue de pêcheur a la mouche

kitsch, conservé pour attirer le touriste, avec mon look de baroudeur où je fais figure d’antiquité. Je me sens comme Mickey à Disneyland. Sauf que je n’ai pas ma loge et que personne ne m’a accueilli, je dors en vagabond dans une véranda, discrètement. Quelle gloire après avoir traversé tout le pays ! Les villes touristiques sont mes bêtes noires. Il est très difficile de s’y faire inviter et je ne peux alors découvrir l’âme de ces villes en visitant les coulisses. Dawson aurait tant de choses à raconter…quel gâchis. J’ai cependant fait de belles rencontres, Dawson est un aimant qui attire les fous du monde entier, en particulier les Allemands. Il y a ce pianiste, un virtuose, que je ne me lasse pas d’écouter, Simon, un jeune homme solitaire qui a construit sa cabane en rondin uniquement à l’aide d’une scie et d’une hache, et ces Américains en visite qui, après quelques minutes de conversation, m’ont invité le plus sérieusement du monde à leur rendre visite au Texas. L’or n’est plus dans le tamis, il faut chercher le filon ailleurs.

ancien bureau de poste de Dawson
ancien bureau de poste de Dawson

C’est de leurs mains que je tiens mon billet pour l’Alaska, un billet de 10$ US, que je considère comme un symbole de bienvenue. Mon dernier objectif est en effet de traverser le 49ème état des USA, le plus grand, selon le même procédé que pour le Canada, de son point le plus à l’est (le 141eme méridien ouest) jusqu’à son point le plus à l’ouest : le Detroit de Béring. Cette dernière frontière n’est plus qu’à 144 km, toujours en suivant le Yukon, ce long fleuve tranquille qui slalome entre les montagnes sous les feux ininterrompus du soleil. Les prochaines nouvelles viendront d’un autre pays. A très vite.

résultat de la fonte du permafrost
résultat de la fonte du permafrost
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