Du 1er au 14 juin 2016 : Circle en Alaska à Tanana

Circle en Alaska

1er juin 2016

vue depuis Forty Mile au Klondike
vue depuis Forty Mile au Klondike

Depuis mon arrivée à Dawson, le vent ne m’a pas lâché, il n’a eu de cesse de me ralentir dans la vallée escarpée du Yukon, propice aux rafales. Lorsque le fleuve Yukon est haut, comme en ce moment, il y a quelques pièges à éviter, là où le courant accélère près des berges, en créant de puissants tourbillons et contre-courants. Si le vent est de la partie, les choses se compliquent et il est préférable de patienter sur la berge plutôt que de jouer avec sa vie. C’est ce que j’ai fini par comprendre lorsqu’un tourbillon énorme a failli me faire chavirer. J’étais alors à quelques kilomètres seulement de la frontière et l’expédition aurait pu s’arrêter ici. J’aimerais parfois dire : “Pouce, je ne joue plus !” mais cela ne fonctionne pas ainsi. Je sens bien que l’âme de combattant que j’avais l’année dernière est quelque peu émoussée, mais ce n’est pas maintenant que je vais craquer.

carcasse de glace
carcasse de glace

Heureusement, il y a aussi des moments agréables. Je pense notamment au loup et au lynx  qui trottinaient sur la berge et que j’ai pu suivre de très près, pendant quelques minutes, grâce au vent qui dissimulait ma présence, ou encore au magnifique site de Forty Mile, ville fantôme dans le Klondike et lieu historique où fût découvert en 1896 les premières pépites d’or qui allaient déclencher la ruée.

Après 1 an et 1 mois d’expédition, le vendredi 27 mai 2016, s’achevait la traversée intégrale du Canada. Ce n’est maintenant plus une chimère mais un fait accompli. Je me suis arrêté le soir même, non loin de la frontière, dans le petit village de Eagle (prononcez “y gueule” qui signifie aigle), pour fêter l’évènement. J’ai eu la chance d’être invité par un charmant couple qui eût la bonne idée de m’offrir un pendentif taillé dans un andouiller de caribou. Je l’ai reçu avec autant de fierté que si l’on me remettait une médaille, il est pour moi le symbole du rêve qui devient réalité à force de travail.

Dès le lendemain, j’ai descendu le fleuve en direction de Circle où je me trouve actuellement pour une petite journée de repos. Circle, c’est le début du plat pays, les montagnes sont définitivement derrière moi. Il me reste encore à suivre le Yukon sur plus de 1000 km et y découvrir ses petits villages lacustres régulièrement espacés. Je vous tiendrai informé de ma progression dans une semaine environ. D’ici là, chers lecteurs, portez-vous bien !

Tanana

11 juin 2016

Pluie, neige, grêle, orages et du vent, toujours du vent… Voila le résumé compendieux des dix derniers jours qui furent un bras de fer quasi permanent avec Eole. Quelles que soient les prévisions météorologiques, la direction des nuages ou la mienne, le vent au sol s’opposait irrémédiablement à mon avancée, me contraignant parfois à des arrêts de 24h. Je n’ai rien connu de plus exaspérant que de le voir se lever un quart d’heure à peine après les premiers coups de pagaie de la journée, s’arrêter durant ma pause pour reprendre de plus belle par la suite, ou encore me stopper à quelques kilomètres d’un village. Les nombreux camps de pêche où j’ai souvent trouvé refuge ont compensé ces évènements climatiques malheureux. Certains sont de véritables chalets disposant de tout le nécessaire pour passer une agréable soirée, luxe inappréciable lorsque les oreilles bourdonnent après avoir croisé le fer avec le vent durant des heures interminables.

Les villages lacustres du Yukon sont très hétérogènes, les plus petits abritent à peine 40 personnes, et peut-être autant de chiens, qui ne disposent pas de l’eau courante en dehors des sanitaires municipaux. Je me souviens de Circle, une douche pour 80 habitants, où trouver une connexion internet relève de l’exploit ! Pas de magasins et peu de services donc, mais où l’on trouve toujours une personne aimable pour vous dépanner, c’est bien là l’essentiel. En dehors de ces petits centres urbains, certains diront terrains de camping, les rives du Yukon sont vivantes et il n’est pas rare de croiser des bateaux ou de passer devant des cabanes habitées durant la belle saison.

J’envisage de prendre une journée de repos à Tanana pour reposer mes épaules avant de repartir en direction de Kaltag, distant de 400 km environ, pour l’ultime étape fluviale. Je vous donnerai peut-être des nouvelles à ce moment-là s’il est possible de se connecter sans trop de difficultés.

Tanana, souffler n’est pas jouer…

14 juin 2016

John Walsh et Charlie Bowlding
John Walsh et Charlie Bowlding

Comme le laisse entendre le titre, je me trouve toujours à Tanana, bloqué par le vent d’ouest qui, contrairement à moi, ne se fatigue jamais. Bien que j’ai déjà parcouru plusieurs milliers de kilomètres avec mon kayak gonflable, il n’en demeure pas moins un kayak de descente, fait pour les rapides, et non pour parcourir de longues distances. Comme je le précisais déjà l’année dernière, sa lenteur et sa prise au vent importante, limite grandement mes déplacements par temps venteux. Sur l’eau, le vent est le boss, et il m’a donné trois jours de congés, pendant lesquels j’ai rencontré John Walsh avec qui j’ai tout de suite sympathisé. John a fait tout ce qu’il pouvait pour rendre mon séjour riche et agréable. Grâce à lui, j’ai pu partager le quotidien des habitants et discuter avec de nombreuses personnes, notamment le musher Charlie Bowlding, une légende qui a remporté

Alaskan huyskies
Alaskan huyskies

à deux reprises la Yukon Quest. Il n’est pas toujours facile de lier connaissance dans ces villages isolés (sans route) du Yukon, surtout si l’on ne s’arrête que pour une nuit. Je n’irai pas jusqu’à dire que ces lieux sont touristiques, mais le fleuve charrie chaque année de nombreux “drifters” (kayakistes et canoéistes) de toute nationalité sous leurs fenêtres, et ma présence ne suscite pas la curiosité comme ce fût le cas l’année dernière, dans les provinces de l’Ontario, du Manitoba et du Saskatchewan. Des rencontres moins fréquentes mais pleines d’agréables surprises; je pense, entre autres, aux philanthropes Penny et Bill Gay, (http://billandpenny.blogspot.com/) rencontrés à Circle, qui voyagent chaque été en Alaska pour aider et inciter les villageois à avoir un potager, et dernièrement à Paul, qui a travaillé partout dans le monde pour des ONG. A 70 ans, il crapahute toute la journée pour réparer le toit de l’église de Tanana avec l’aide de volontaires dont j’ai fait partie un après-midi.

dans les rues de Tanana
dans les rues de Tanana

Les prévisions météorologiques annoncent pour demain une trêve des assauts du vent, il va bientôt être l’heure de sauter dans le kayak pour couvrir un maximum de distance pendant que c’est possible..

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