Du 2 au 19 octobre : Norman Wells au clochard du Grand Nord

Norman Wells

2 septembre 2015

Ryan après la tempête
Ryan après la tempête

Après 3 jours d’attente forcée à Tulita, nom Déné qui signifie confluence, j’ai pagayé sans désemparer pendant 11 h pour rejoindre Norman Wells, une ville de 500 habitants, non reliée par une route. La ville a été construite afin d’exploiter les ressources en pétrole enfouies sous le lit du Mackenzie. A cet effet, 5 îles artificielles ont été crées pour extraire un pétrole d’une qualité quasi inégalée dans le monde ! Aussi, exceptionnellement dans le Grand Nord, il ne s’agit pas d’une communauté amérindienne, mais d’un village de “blancs”. Deux jours durant, j’ai collecté toutes les cartes, le matériel et les informations indispensables pour traverser, sac au dos et en autonomie, les Rocheuses, soit 600km, l’équivalent de la Suisse sur un axe est ouest.

Ouest de Norman Wells
Ouest de Norman Wells

La majorité des personnes rencontrées essayaient de me dissuader en raison des premières chutes de neige et l’hibernage imminent des grizzly, qui les rend particulièrement avides de nourriture. Depuis 5 mois que je suis dans la forêt boréale, je dois avouer que les histoires d’ours sanguinaires commencent à me lasser car, statistiquement, elles ne méritent pas l’attention qu’on leur porte, aussi je ne les écoute que d’une oreille. En revanche, la neige qui n’arrêtait pas de tomber, avec un mois d’avance par rapport à l’année dernière, m’inquiétait sérieusement. J’étais suffisamment intimidé par la montagne et la saison avancée que tous mes sens étaient en alerte pour estimer les risques encourus. Sans pouvoir me décider sur la conduite à tenir, j’attendais un signe du destin pour m’en remettre à lui, mais, pris dans l’élan impulsé depuis 5 mois, vendredi 25 septembre, j’étais prêt à partir. C’est alors qu’un mail a été envoyé à mon attention par un employé de l’environnement et des ressources naturelles (ENR) pour me préciser que la hauteur de neige atteignait déjà 50cm au col MacMillan et que les prévisions en annonçaient bien davantage dans les prochains jours. Sur une telle distance, en autonomie et sans raquettes il n’était donc pas question de partir, d’autant plus que je ne possède que très peu d’expérience en milieu hivernal. Bref, j’ai décidé de m’arrêter à Norman Wells pour 7 mois, le temps que la neige fonde.

Est de Norman Wells
Est de Norman Wells

Ce fut une décision difficile à prendre mais mon corps a été soulagé et, quelques heures plus tard, sans crier gare, il s’est autorisé une décompression totale : je suis resté alité 48h, terrassé par la fièvre. Malade, je me sentais pourtant bien, j’étais au chaud dans lit sans avoir à bouger, quel délice ! Il était vraiment temps que je m’arrête ; comme on dit dans le jargon des coureurs à pied, je suis arrivé « sec » sur la ligne d’arrivée dessinée par l’hiver. A posteriori, ce marathon de plusieurs mois m’a beaucoup appris sur moi-même, tant pour gérer un effort très long que pour déchiffrer des sensations jusque là inconnues.

J’ai consacré les jours suivants à chercher du travail et un toit, ce qui, à l’heure

Ouest de Norman Wells
Ouest de Norman Wells

actuelle, est chose faite. Je dois désormais prendre mes quartiers d’hiver à Norman Wells, un magnifique endroit en bordure du second plus grand fleuve d’Amérique du Nord, entouré de montagnes enneigées. Mes objectifs pour les prochains mois sont simples, mettre de l’argent de côté pour la saison suivante, apprendre une fois pour toute l’anglais, et vivre l’expérience d’un véritable hiver canadien qui promet déjà.

Je ne manquerai pas de vous tenir informé de mes péripéties dans le mois d’octobre. En attendant les nouvelles fraîches, je vous envoie de chaleureux flocons qui tombent ici à profusion.

Clochard du Grand Nord

19 octobre 2015

Rive gelée du Mackenzie
Rive gelée du Mackenzie

Située à plusieurs centaines de kilomètres de la première route, Norman Wells est ravitaillée par avion, par barge, et par camion quand le fleuve est gelé (de janvier à mars). Cet isolement fait grimper le prix de la nourriture à des niveaux surprenants, 5 euros la salade, 1 euro la banane,…), les logements ne sont pas en reste avec leurs pensions à 2000 euros par mois. Tout cela pour dire que ce n’est pas la destination rêvée pour passer ses vacances, ni pour faire un hivernage. La situation se complique quand, comme moi, on n’a pas de visa de travail, c’est d’autant plus regrettable que les postes à pourvoir ne manquent pas. Obtenir un permis de travail, notez bien l’oxymore, dans le Nord est chose aisée si l’on est prêt à

Pipe-line
Pipe-line

perdre plusieurs mois à remplir des formulaires Kafkaïens, ce que je refuse catégoriquement. Ma situation est donc pour le moins précaire et, avec ma tenue unique et trouée, il s’en faudrait de peu que je ne devienne un clochard du Grand Nord.

J’ai provisoirement un toit en colocation avec le propriétaire qui, de prime abord, m’avait invité chez lui, avant de m’annoncer, aussitôt mes affaires installées,  que c’était tant par mois, …
Idem
Idem

Bien que je sois réduit à l’immobilité, l’expédition, elle, se poursuit avec cette épreuve de la civilisation qui s’annonce éprouvante. J’aspire simplement à trouver une pièce chauffée, au calme, avec une occupation intéressante la journée, en compagnie de gens normaux. Je ne demande donc pas le Pérou ! Après trois semaines de recherches infructueuses dans ce sens, je commence à douter d’une issue heureuse. Pourtant, quand je regarde les montagnes enneigées qui m’entourent tandis que le froid me pique les joues, je me sens prêt à tout pour rester ici et découvrir le cœur de l’hiver.

Les “boyaux” de la terre
Les “boyaux” de la terre
Ne disposant de rien, ici je suis comme un fétu de paille qui se déplace au gré du vent. J’attends que le hasard des rencontres me guide vers un peu de lumière.
Lac Jackfish (1)
Lac Jackfish (1)
Lac Jackfish (2)
Lac Jackfish (2)
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