Du 2 au 26 novembre : Une issue heureuse et mon quotidien

Une issue heureuse

2 novembre 2015

Ma cabane au Canada
Ma cabane au Canada

Le 12 octobre, jour de Thanksgiving, j’ai fait la connaissance de Margret et Harold Harris, installés depuis plus de 30 ans à Norman Wells, chez qui j’étais invité pour souper. Je leur ai confié les problèmes auxquels j’étais confrontés depuis quelques semaines, en particulier le besoin urgent de trouver un nouveau toit. Apprenant que j’ai exercé le métier de bucheron, Harold le charpentier, a mis à ma disposition son atelier, situé à l’extérieur de la ville, disposant d’une bonne isolation et d’un poêle performant. Il faut en effet savoir se débrouiller seul avec une tronçonneuse pour alimenter un poêle tout l’hiver. Cette rencontre fut une bénédiction et, à partir de ce jour, sous les auspices de la famille Harris, mon quotidien à Norman Wells s’est transformé, il prenait enfin un sens.

Son atelier est une véritable caverne d’Ali Baba, version nordique, où j’ai trouvé des habits, de la vaisselle, du mobilier, des couvertures, des skis et, bien sûr, tout

Vue de face
Vue de face

ce qu’il faut pour bricoler et couper du bois de chauffage. Après quelques journées à trier, ranger puis nettoyer, ma tanière était prête pour l’hiver. Le jour où je pendais la crémaillère, j’ai même trouvé une vieille paire de basket (modèle sans amorti) qui m’a permis de courir dans la neige. Après plusieurs semaines de sédentarisation asphyxiante, la course à pied m’a donné l’impression de sortir la tête de l’eau. J’étais si joyeux que, sans la crainte de passer pour fou, j’aurais volontiers serré dans mes bras tous ceux que je rencontrais ! Dès les premiers jours de “captivité” en ville, j’avais repris l’entrainement dans une salle de sport, mais j’ai été exclus car je ne portais pas de chaussures… Je pourrais vous conter d’autres anecdotes du même acabit, mais à quoi bon vous ennuyer, chers lecteurs, avec ces tristes histoires de société que vous ne connaissez que trop puisqu’elles sont le lot de notre époque.

Potron-jacquet
Potron-jacquet

Harold me comble de prévenances et s’occupe de moi comme un père, il s’est chargé de me trouver un vélo pour mes déplacements et m’a présenté à de nombreuses personnes intéressantes qui m’aident à leur tour. Depuis lors, j’ai un travail quotidien : je récupère à la décharge tous les contenants qui se recyclent. Chaque canette ou bouteille rapporte 7 centimes d’euros. Centimes après centimes, en compagnie des corbeaux qui ne quittent jamais les lieux, je ramasse de quoi financer la fin de l’expédition. La rencontre avec Harold a également embelli mes projets pour l’année prochaine, car j’envisage désormais de repartir fin février début mars, avec des skis et un traineau pour traverser les Rocheuses. Toute mon énergie est maintenant focalisée sur cette étape hivernale exigeante où toutes les expériences et connaissances que j’ai accumulées ces dernières années vont me servir. Rien n’est plus grisant que de voir toutes les pièces d’un puzzle abscons s’assembler pour qu’un rêve prenne forme. Ainsi je dispose de 4 mois pour m’entrainer et trouver l’équipement nécessaire.

D’ici la fin novembre, je ne manquerai pas de vous tenir informé des étapes de ma préparation.
A très bientôt !

Les Rocheuses
Les Rocheuses
Potron-minet
Potron-minet

Mon quotidien

26 novembre 2015

My sweet home
My sweet home

La vie, pas plus que le Mackenzie, n’est un long fleuve tranquille. Ce mois de novembre fut décidément riche en émotions et les sueurs froides ne provenaient pas du climat.

Alors que j’avais enfin un toit et un travail, je commençais tout juste à prendre mes habitudes à NW (Norman Wells pour les intimes), lorsque les ennuis sont arrivés. Mon unique source de revenus consistait à ramasser des déchets recyclables à la décharge, aussi y mettais-je tout mon cœur, et, à raison de plus de 4000 canettes et autres récipients par semaine, j’étais plutôt bien récompensé. Hélas, une rumeur circulait, l’un de mes rares concurrents à la décharge se plaignait qu’il n’y avait plus rien à ramasser derrière moi, et menaçait de me dénoncer à l’immigration. Face à ce problème majeur, Harold commençait à regretter de m’avoir prêté son atelier, et jamais l’expédition America Extrema

Pour le plaisir des yeux
Pour le plaisir des yeux

n’avait été autant menacée. Pour apaiser cette situation critique, il m’a fallu renoncer à la décharge. Depuis ce renoncement, de façon inespérée, tout est rentré dans l’ordre, et j’ai pu conserver mon toit. Ouf ! Toujours est-il que, lorsqu’un policier est venu à ma rencontre en m’expliquant qu’il avait reçu un coup de fil à mon sujet, mon sang n’a fait qu’un tour ! Il était à la recherche d’un malotru qui avait utilisé, sans autorisation, les commodités d’un camp de travailleurs, sis à proximité de ma cabane. Merci d’avoir pensé à moi ! Parfois je me demande vraiment pour qui je passe dans cette ville…

Côté travail, tout était donc à recommencer. A nouveau, dans un moment difficile, l’appel de la forêt a su se faire entendre et mes compétences en bûcheronnage ont été réquisitionnées pour mon plus grand plaisir. Le travail en solitaire dans les bois, est une valeur sûre, en outre, travailler par -20, -30°, est un excellent entrainement.
De quel bois je me chauffe
De quel bois je me chauffe

En dehors de la forêt, au gré des opportunités, j’essaye de multiplier les occupations: entre autres, je propose mes services pour vider les poubelles (encore elles…) de l’épicerie, et en échange, je reçois les fruits et légumes abimés, ainsi que tous les produits dont la date de vente est expirée. Cela représente environ 200 euros de marchandises par semaine, que je partage gratuitement avec les personnes de mon entourage. La liste de mes “clients” s’allonge sans cesse, et le jour de la distribution est sans conteste celui ou je m’amuse le plus. Cette pléthore de végétaux me permet aussi de renouer avec le véganisme qu’il m’avait fallu abandonner pour des raisons bassement pécuniaires.

A ce sujet, j’aimerais partager avec vous le court monologue ci-dessous, issu des croyances Inuits, et tiré de “Le journal de Knud Rasmussenfilm nunavois, réalisé en 2006 par Zacharias Kunuk et Norman Cohn. (pour lire le résumé :

Matin un peu frais
Matin un peu frais

http://www.programme-tv.net/cinema/4003041-le-journal-de-knud-rasmussen/)

Notre monde est bon, et les Inuits y ont leur place. Le plus grand péril qui nous menace, c’est que les animaux que nous tuons pour manger et nous vêtir, ont une âme comme nous. Nous devons apaiser ces âmes, afin qu’elles ne se vengent pas sur nous d’avoir utilisé leur corps.
A l’heure où le véganisme apparait comme la seule solution face aux nombreux problèmes qu’engendrent la consommation de produits d’origine animale, que ce soit pour la santé ou pour l’environnement, à ce sujet, je vous suggère de lire “Plaidoyer pour les animaux” de Matthieu Ricard, on mesure mieux que jamais la sagesse de ces propos sans âge. Je crois que les vérités éternelles ont toujours été accessibles à l’Homme.
Bonnet d’âne pour écolo
Bonnet d’âne pour écolo
Ainsi, jour après jour, le travail dans les bois, mon inclination pour les végétaux, la course à pied, ainsi que le yoga et la méditation, emplissent mes journées, et deviennent mon quotidien. C’est de cette manière seulement qu’il m’est permis de prendre des forces pour la suite, et de faire face à toutes les épreuves qui se présentent.
Je vous donne rendez-vous le mois prochain, où je vous parlerai plus longuement des préparatifs concernant la reprise de l’expédition, prévue dans moins de 3 mois. D’ici là, chers lecteurs, portez-vous bien.

Après un footing par -30°
Après un footing par -30°
Un bon entrainement
Un bon entrainement
Toujours pour les yeux
Toujours pour les yeux
La décharge, haut lieu touristique
La décharge, haut lieu touristique
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