Du 22 août au 6 septembre 2015 : Fort Smith à Ford Providence

Fort Smith

22 août 2015

John, Fort Fitgerald

Je viens d’arriver à Fort Smith, une étape importante pour moi, car je me trouve maintenant dans les mythiques territoires du Nord Ouest. Mauvais temps ces derniers jours, mais cela devrait aller mieux à partir de demain. Hier soir, je suis arrivé trempé à Fort Fitgerald  (12 habitants !),  j’ai eu la chance d’être hébergé chez John, ancien bucheron de Colombie Britannique, qui passe sa retraite dans le nord où  il élève des volailles et s’occupe d’un grand potager.

Merci pour ton aide John !

Fort Resolution

28 août 2015

Avec le mauvais temps et les berges boueuses de la rivières des Esclaves,  je suis arrivé vraiment sale et fatigué à Fort Résolution; mais personne ne m’a accueilli, on m’invite simplement à aller à l’hôtel (150 euro la nuit)… Du coup j’ai dormi dehors, et mal, comme toujours en ville avec les lumières et le bruit, alors que j’avais besoin de repos et de me sentir propre.
Bref je ne suis pas en état d’écrire un résumé ce matin, et d’ailleurs je n’en ai pas l’envie. Je trouve une partie de mon énergie dans le contact chaleureux avec mes semblables, indifférents ici, et avec le site internet, qui semble endormi en ce moment….. Ne pouvant compter sur ces deux soutiens, j’économise mon énergie pour la focaliser seulement sur mon quotidien de base et avancer.

Hay River

31 août 2015

Vent favorable mais trop fort. Il y a des vagues énormes. Ce lac est le plus dangereux de mon parcours, j’ai bien fait de prendre le vélo pour ne pas perdre de temps.
En attendant je suis dans un camping où je donne un coup de main. La gérante essaye de m’avoir un journaliste, mais nous sommes dimanche, à voir…
Certaines personnes de Hay River ont entendu parler de moi à la radio, c’est une surprise !

Fort Providence

6 septembre 2015

Ours brun de la rivière des Esclaves
Ours brun de la rivière des Esclaves

Malgré l’accueil froid reçu à Fort Resolution, je me suis lancé le défi de ne pas quitter l’endroit avant d’avoir pris une douche et lavé mes vêtements. Il m’a fallu une journée entière pour cela et encore, la douche fut froide… Alors que je cherchais vainement un accès internet pour écrire un résumé, j’ai rencontré par hasard un soi-disant chaman prétendant être connu dans toute l’Amérique, qui m’a proposé de prier pour moi, si je lui offrais un paquet de cigarettes, afin que la météo me soit clémente. Les prévisions annonçant justement de grands vents pour toute la semaine, j’ai choisi de continuer à vélo sur 160 km, là où la route longe la rive sud du Grand Lac des Esclaves. Pour cela,  à Fort Resolution, on a bien voulu me “prêter” un vélo récupéré dans une décharge; pas de frein arrière, roues voilées et direction faussée. Jusqu’au bout je me suis dit qu’il allait flancher, jusqu’au bout il a tenu.

Aube sur la rivière des Esclaves
Aube sur la rivière des Esclaves

Ensuite, à Hay River, j’ai repris du service à la pagaie sur le Grand Lac des Esclaves, où le niveau de l’eau est si bas qu’il faut parfois s’éloigner de plus d’un kilomètre de la rive. Les vents furent si mauvais qu’il m’a fallu six jours pour couvrir une centaine de kilomètres. Que n’ai-je acheté un paquet de cigarettes ! Le chaman en colère a dû me jeter le mauvais œil…. Pendant ces périodes venteuses j’ai beaucoup lu. Après Le rouge et le noir de Stendhal et Mermoz de Kessel, livre magnifique sur l’aviation,  qui m’ont tenu compagnie sur la rivière des Esclaves, c’est Notre Dame de Paris de Victor Hugo qui a su exalter les longues journées passées sous la tente. De guerre lasse contre le vent, j’ai parfois marché sur des plages de sable qui me rappelaient la mer à marée basse. Force migrateurs regroupés semblaient y tenir des conciliabules sur la marche à suivre pour la migration imminente. Parfois, ils s’envolaient en formant “le V de la victoire sur la pesanteur”, pour reprendre la belle expression de Sylvain Tesson dans L’axe du loup, comme pour s’assurer que tout était en ordre pour le grand départ. Car dans le Grand Nord, l’automne est déjà là, les feuilles jaunissent et les nuits flirtent avec le point de congélation.

Méandres interminables de la rivières des Esclaves
Méandres interminables de la rivières des Esclaves

Ces longues journées d’inactivité m’ont permis de reposer un corps indolent qui a perdu sa fraîcheur de début d’expédition et qui montre des signes de faiblesse. Je ne suis jamais allé aussi loin dans l’effort, les limites de ce que je peux endurer sont proches. Mais avant le repos hivernal, je souhaite pagayer encore 800 km sur le fleuve Mackenzie, puis traverser 600 km de montagnes. Pour réussir, je vais devoir repousser ces limites. C’est essentiellement dans le pur plaisir de m’en affranchir que je compte trouver la motivation et l’énergie nécessaire. Y arriverai-je ?

Et le Canada dans tout ça ? Depuis Fort Chipewyan, j’ai traversé le parc national

Grand Lac des Esclaves à “marée basse”

Wood Buffalo qui abrite des bisons sauvages paissant autour des plaines de sel, je n’ai malheureusement pu en rencontrer. En revanche, j’ai entendu avec des frissons de plaisir le hurlement d’un loup et, la même journée, vu courir un sconse sur une berge, à deux pas de ma tente. Dans toutes ces régions, véritables paradis pour ornithologues, on rencontre de grands cygnes blancs ainsi que des pélicans. Le spectacle de la nature sauvage est saisissant !

Les vents m’ayant fait perdre cinq jours, mes provisions de nourriture étaient pratiquement épuisées. C’est donc sans presque rien manger que j’ai mis une journée et demie d’effort pour arriver à Fort Providence où j’ai été accueilli chez Tim, le patron du magasin d’alimentation qui fait aussi office de bureau de poste. Tim ayant très obligeamment accepté d’ouvrir la poste un samedi, j’ai pu récupérer mes colis de nourriture. Je pourrai ainsi reprendre ma route dès demain en direction de la prochaine ville-étape, Norman Wells, sise à 800 km, le long du Mackenzie, l’un des plus longs fleuves au monde.
Arrivée prévue en kayak dans moins de deux semaines, d’ici-là, portez-vous bien !

Fleuve Mackenzie
Fleuve Mackenzie
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