Du 24 au 30 juin 2016 : Kaltag à Unalakleet

Kaltag

24 juin 2016

Camp isolé où vivent 3 familles
Camp isolé où vivent 3 familles

La météo ne s’est guère améliorée ces dix derniers jours mais, à force de patience, j’ai quand même réussi à rejoindre Kaltag et ainsi achever la dernière étape fluviale de l’expédition. J’ai remercié le Yukon de m’avoir laissé passer sain et sauf, puis j’ai embrassé mon kayak, simplement deux kilos de plastique, pour m’avoir mené si loin sans jamais faillir. Il est maintenant rangé dans le sac à dos et ne servira que pour traverser les quelques rivières de la partie pédestre qui m’attend, longue d’environ 750 kilomètres.

 

Apres Tanana, le Yukon ralentit, les heures s’allongent tandis que les berges s’éloignent progressivement et deviennent monotones. Par mauvais temps, c’est comme faire du home-trainer la tête devant un ventilateur. Même si un vent inhabituel pour la saison a sévi trop longtemps, j’ai fini par me réconcilier avec la rivière grâce à l’hospitalité des localités du Bas-Yukon que j’ai eu le loisir de visiter durant les intempéries. En effet, les mœurs

changent après Tanana, les locaux apprécient davantage avoir des nouvelles de l’extérieur et les “drifters” sont accueillis à bras ouverts. Les villages de Bible camp, Ruby, Galena et Nulato, par leurs caractères cosmopolites et dynamiques m’ont fait pensé à autant de “petits Dawson”.

 

En plus de cette ambiance chaleureuse, il y a eu, par le plus grand des hasards, un moment fort distrayant lors de mon entrée à Galena où une centaine de personnes était massée sur les berges pour voir le final d’une course de bateaux. Je suis arrivé juste derrière le troisième qui filait à plus de 100 km/h devant une foule hilare qui m’acclamait. Deux jeunes enfants ont ensuite accouru pour me demander si j’avais vraiment fait la course avec les autres… Les enfants savent mieux que les adultes que tout est possible ! Il y avait bien longtemps que je n’avais vu autant de personnes à la fois et je me suis senti mal à l’aise, j’avais envie de me cacher pour me dérober à tous ces regards.

Le village Ruby sous le soleil de minuit

Toujours à Galena, j’ai rencontré “Jack the Russian”, un réfugié politique Russe, qui vit dans un bateau minuscule, posé à terre, depuis qu’une inondation a dévasté sa maison. Pendant plusieurs heures passionnantes, Jack, un intellectuel arrivé ici sur un raft, m’a parlé de météorologie, paléontologie, géologie, psychologie, histoire, géographie et bien sur de politique. Je doute qu’il y ait un sujet où il ne soit capable de parler fort à propos. Toutes ces connaissances ne l’empêchent nullement de travailler le métal dans une forge de fortune et de donner des conseils dans la construction de maisons à ceux qui lui rendent visite. Une visite chez Jack the Russian est en effet incontournable si l’on s’arrête à Galena. Toujours là-bas, dans un bar, j’ai rencontre Amy, une

Pause dans un camp habité
Pause dans un camp habité

professeure noire Américaine qui m’a invité chez elle à Nulato, situé en aval. Quelques jours plus tard, avec Shaun son compagnon Ecossais, ils m’ont fait visité ce charmant village de l’Alaska. Quand je vous disais que le Bas-Yukon est cosmopolite !

 

Cette dernière partie de l’expédition devrait être à la fois intéressante et variée car je vais bientôt sortir de la foret boréale habitée par les Amérindiens Atabascan pour pénétrer chez les Inuits Inupiat, habitant la toundra montagneuse peuplée de gros grizzly. Et puis, je vais enfin rejoindre l’océan Pacifique dans lequel j’ai hâte de me baigner pour la première fois de ma vie. Pour ce faire, je vais suivre une route d’hiver empreintée tous les ans en mars par les mushers de l’Iditarod, une autre course de chiens de traîneaux, avec la Yukon Quest, mondialement célèbre. Je me suis renseigné auprès de Richard Burnham qui habite à Kaltag depuis 43 ans et entretient la piste durant l’hiver. Parait-il que personne n’a jamais suivi cette piste marécageuse, longue de 150 km, en été. Elle débouche sur Unalakleet où je devrais normalement arriver dans cinq jours.

Gros temps sur le Yukon
Nulato
Le Yukon à Kaltag

Unalakleet

30 juin 2016

Dans les localités en amont de Kaltag, un seul nom revenait toujours, celui de Richard Burnham, comme étant La personne à rencontrer avant de s’engager sur l’Iditarod en direction de Unalakleet. Pour avoir tant entendu parler de lui, je dois bien avouer que j’ai été déçu par le froid accueil qu’il m’a réservé. Richard s’est contenté de me donner brièvement les informations indispensables, puis a insisté quant à la nécessité de porter une arme à feu pour se défendre des ours. A ce sujet, je suis toujours resté inflexible : aucune arme, ni même de répulsif au poivre, pendant l’expédition. Je ne pars pas en guerre ! Mon point de vue fait en général rire mon interlocuteur, je ne vois pourtant pas ce qu’il y a de drôle ! Les Americains d’Alaska sont terrifiés à l’idée de rencontrer un grizzly, j’en ai vu se promener avec deux armes à feu, d’autres tirer un coup de feu en l’air avant de

s’éloigner (un tout petit peu) du chemin… Autant de réactions qui me font sérieusement penser à de la paranoïa, à moins que ce ne soit simplement une manière de travestir leur plaisir à porter une arme. Quoi qu’il en soit, Richard  est revenu à la charge plusieurs fois sur ce sujet et m’a demandé de l’appeler depuis Unalakleet dès que j’arriverai afin qu’il dorme plus tranquillement… Quand j’ai évalué à cinq jours le temps nécessaire pour traverser, Richard a ri et m’a répondu avec condescendance qu’il m’en faudrait au moins huit. Je n’ai rien rétorqué mais en le quittant, dans ma tête, le chronomètre était lancé, je ferai sonner son téléphone avant cinq jours. La peur, la faim et dans le cas présent l’orgueil, sont de bons carburants pour avancer, à conditions qu’ils soient canalisés afin de ne pas envahir tout le paysage mental. Dans une expédition, il est important de savoir faire feu de tout bois.

 

La première journée fut celle du bizutage car je me suis perdu dans les marécages boisés, denses comme la jungle, au milieu d’un nuage de moustiques. Je m’étais éloigné de la trace pour traverser une rivière à gué mais je n’ai pu la recouper car mes cartes et gps m’indiquaient l’ancien tracé qui partait au sud alors que le nouveau partait dans la direction opposée. J’ai progressé laborieusement en hors-piste durant une très longue après-midi, ce n’est qu’à un col étroit où toutes les pistes doivent transiter que j’ai pu retrouver avec soulagement l’Iditarod. Il y a eu deux autres journées de marche, sans incidents, dans les marais et la toundra durant lesquelles j’ai eu la surprise de rencontrer deux équipes venues en hélicoptère et installées chacune dans les deux cabanes en rondin du parcours. La première étudiait un projet de protection des incendies, l’autre entretenait ces cabanes qui servent d’abri public pendant l’hiver. Ensuite, au lieu de continuer à pied comme je l’avais prévu, j’ai préfèré descendre en kayak la rivière Unalakleet, et ainsi traverser cette région comme cela se

faisait au bon vieux temps. Avec ses méandres interminables, elle est trois fois plus longue que le chemin mais elle épargne beaucoup de peines. Deux jours plus tard, j’arrivai à Unalakleet au bord de la mer de Béring, qui pour moi, n’est autre que l’océan Pacifique. Il est un moment merveilleux de voir l’immensité de l’océan s’ouvrir après avoir parcouru 11000 km. Je ne sais encore comment le regarder, comme une barrière bleue ou bien une invitation pleine de promesses.

 

En tout cas, l’invitation terrestre, elle, est venue de Karl le docker qui m’a abordé avec gentillesse et simplicité dès mon arrivée. C’est de sa maison que je vous écris et prépare la suite de l’aventure qui va me mener à Koyuk dans 3 ou 4 jours. Pour ce faire, je vais suivre les splendides plages de la mer de Béring, marcher au pied des falaises à marée basse et franchir une péninsule en coupant à l’intérieur des terres.

Ces 5 jours font parti des plus beaux du voyage.

Arrivée à Unalakleet
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