Du 26 au 1 juillet 2015 : Oxford House à dans les bois…

Oxford House

26 juin 2015

Portrait : Larry Watt
A droite Larry Watt et sa femme
A droite Larry Watt et sa femme

Larry fut mon hôte providentiel de God’s Lake auprès duquel l’espace et le temps ont pris une nouvelle dimension, rien de moins que cela…

Issu d’une famille de 20 enfants, Larry œuvre activement pour sa communauté, en aidant les jeunes en prise avec la drogue pour les aider à recouvrer leur liberté, notamment en organisant des cessions de jeûnes en pleine nature. Voilà en quoi consiste son travail à God’s Lake, mais c’est loin d’être sa seule contribution. En l’espace d’une seule journée, j’ai vu cet homme s’occuper des jeunes voisins en les aidant à établir un camp sur un île, cueillir les bonnes plantes pour soigner mon rhume, puis me donner une leçon de botanique, être guide touristique pour

Vue depuis chez Larry
Vue depuis chez Larry

me présenter son village, assister à une fête, aller à la pêche, ramasser des œufs sur les îles, cuisiner les poissons et trouver encore l’énergie de philosopher avec son invité jusqu’à une heure indue. Le tout avec toujours le sourire aux lèvres… Son secret ? Larry ne me l’a pas dit, mais il est peut-être Chaman. Je l’ai compris lorsque, l’écoutant chanter en cri, j’ai senti le ciel soudain empli de l’âme paisible de son peuple. Sa voix devint alors la voie ! Dans sa manière de respecter la nature et de parler d’elle, c’est encore l’âme de son peuple qui se manifestait avec toute sa force.

Merci Larry pour ce moment enrichissant passé en ta compagnie et bonne continuation dans ton travail à God’s Lake.
Anges gardiens d’Oxford House
Anges gardiens d’Oxford House
God’s Lake – Oxford House
Lakeview à God’s Lake
Lakeview à God’s Lake

Je n’ai pas le temps nécessaire pour parler des 80 derniers km et de l’accueil reçu à Oxford House, j’en suis navré.

J’ai fort à faire en ce moment car je prépare l’itinéraire des 10 prochains jours qui me mèneront à Thicket Portage.
La première grande étape entre deux villes et je ne tiens pas à partir insuffisamment averti de ce qui m’attend.
J’ai des informations importantes sur le développement prévu pour le grand nord dans les prochaines décennies, je ne manquerai pas  de vous en aviser.
Route d’hiver praticable
Route d’hiver praticable

 

 

 

 

 

 

1er Juillet dans le bois

1er juillet 2015

Je me trouve à 80 km de Thicket Portage. Dure journée en raison d’un portage hors piste d’une difficulté terrible qui m’a laissé hors service. Seulement 1 km/h de moyenne !!

 

Retour à Oxford House. Ce n’est ni le titre d’un film, ni l’aveu d’une tentative avortée de rejoindre Thicket Portage, mais simplement le commentaire dont je vous parlais dernièrement concernant le développement du Grand Nord.

D’ici 30 ans, Oxford House sera reliée par une route,en toute saison, à l’ensemble du réseau routier du Canada, au même titre que God’s Lake. J’ai appris cela dans les bureaux de la municipalité où une large affiche présente le projet avec ses avantages (plus de pouvoir d’achat)  et ses inconvénients (désastre environnemental, hausse du trafic de drogues). Etant donné que, dans les communautés Amérindiennes, personne n’a l’air de se plaindre de ne pas avoir assez d’argent pour vivre, j’ai demandé à mon interlocuteur, qui se trouvait être le coordinateur des travaux, quel pouvait donc être l’intérêt de la création de cette route. Mon mauvais anglais a eu l’air de bien l’arranger pour éviter de répondre !
La véritable motivation qui se cache derrière tout ça, est la volonté d’exploiter les ressources naturelles : minerais et bois (entre autres). Le destin du Grand Nord est donc tout tracé. Je fais partie des derniers privilégiés à pouvoir traverser ces espaces alors qu’ils sont encore sauvages.
A propos de la préservation de l’environnement, je vous invite à lire l’article suivant : http://matthieuricard.org/blog/posts/une-ecologie-du-bien-etre

Yvon Boudreau m’envoie ce petit mot que je suis heureux de vous faire partager :

Salut, jeune homme.

D’abord, toutes mes sympathies pour le calvaire que tu as enduré le 1er juillet, jour de la fête nationale de notre « plus meilleur pays du monde », selon une parole de l’un de nos ex-premiers ministres. Je sais que c’est par sympathie, pour ne pas dire : par empathie, que tu t’es imposé tant de souffrances le jour de la fête nationale de ce pays qui s’impose lui-même tant de souffrances pour devenir ce qu’il devrait être, s’il se mettait sérieusement à réfléchir de façon droite, plutôt que toute croche… Grâces te soient rendues.

Auparavant, ce jour de fête nationale, on l’appelait « Fête de la Confédération ». Ainsi, on savait ce qu’on fêtait : un pacte politique entre les constituants et entre « deux peuples fondateurs ».  Cette dernière notion de deux peuples fondateurs, qui a longtemps été centrale dans l’histoire politique du Canada (et archi-importante pour le Québec), est maintenant complètement sortie du paysage politique, grâce à Pierre Elliott-Trudeau, qui a un jour décrété que les Canadiens français (comme on les appelait alors) ne formaient, au Canada, qu’ un groupe ethnique parmi tous les autres (il y avait le groupe ethnique canadien-français comme il y avait les groupes ethniques allemand, ukrainien, chinois, italien, grec, etc., etc.). C’est depuis Pierre Elliott qu’on ne parle plus de « Fête de la Confédération », mais de « Fête du Canada ». Ainsi, cette année, le Canada a 148 ans (la Confédération date de 1867). Moi, j’ai beau rappeler que mon Canada à moi a 333 ans de plus et qu’il commence en 1534, à Gaspé, où Jacques Cartier a planté une croix et pris possession des terres au nom  du Roy de France, le bon François Ier, rien n’y fait, les grands bonzes d’Ottawa font la sourde oreille. Voilà comment, au Canada, d’un coup de chiffon, on efface l’histoire d’un peuple. Par suite, il n’est guère étonnant que, en 2008, quatre centième anniversaire de la fondation de Québec, le premier ministre du Canada (et la gouverneure générale du Canada, qui est maintenant secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie) vienne au Québec et aille en France pour prononcer des discours dans lesquels Champlain n’est pas tellement présenté comme fondateur de Québec, et comme père fondateur du Québec et de la francophonie canadienne, voire nord-américaine, mais comme un père fondateur du Canada (« un » père fondateur, c.-à-d. un parmi tous les autres). Ça en dit long…

Je sais que rien de tout cela ne change quoi que ce soit à ton calvaire du 1er juillet, mais je voulais juste essayer de te changer les idées un peu, au cas où elles auraient encore été un peu noiraudes.

J’espère pour toi que tu n’auras pas à revivre de telles journées. Et j’espère encore plus, dans la situation actuelle, que ton trajet prévu pour les jours qui viennent t’éloignera plutôt qu’il ne te fera approcher des nuages de fumée que dégagent les cent et quelques feux de forêt qui sévissent actuellement dans le nord de l’Alberta et la Saskatchewan. De ce que je peux en voir sur le Net, ces nuages de fumée couvrent aussi une bonne partie du Manitoba. Il est à souhaiter que les vents soufflent dans une direction qui te soit favorable. Les vents venant franchement du nord ne doivent pas être fréquents dans ce coin-là, mais de bons petits vents du nord-ouest ne devraient pas nuire. D’autant que, si je me souviens de ton trajet, tu obliqueras bientôt vers le nord (si ce n’est déjà fait), ce qui devrait t’éloigner des fumées. C’est la grâce que je te souhaite.

Bonne continuation et bon courage

Yvon

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