Du 5 au 23 juillet 2016 : Koyuk au Cap Prince de Galles

Koyuk

5 juillet 2016

Depuis Unalakleet le beau temps m’accompagne, bonnes baignades, eau à 16°, avec un goût de vacances. J’avance assez facilement. Je ne m’arrêterai pas à Koyuk car je profite du beau temps pour aller au plus vite à Elim ou Golovin, encore 3 ou 4 jours de marche, je vous donnerai plus de nouvelles à ce moment.

Golovin

10 juillet 2016

Blueberry Hill près d’Unalaleet
Blueberry Hill près d’Unalaleet

Longer les côtes très variées de la mer de Béring est en général un vrai régal. Les plages de sables alternent avec celles de galets et les falaises abruptes se franchissent en crapahutant sur les gros rochers à leurs pieds, ou bien en les contournant par la mer avec le kayak. Le vent est très calme depuis une semaine et, étrangement, faire du kayak en mer se révèle plus facile que sur le Yukon. Pour éviter les trop longs détours imposés par les caps Denbighs et Darby, j’ai choisi de les couper par l’intérieur, ce qui m’a obligé à marcher sur la toundra, une succession de bosses et de trous très exigeants pour les chevilles. C’est sur la toundra du cap Darby que j’ai enfin pu apercevoir, pour la première fois, des bœufs musqués. Ils étaient une quinzaine et j’ai voulu m’approcher, mais un

membre du groupe m’a aperçu et s’est dirigé vers moi à une vitesse impressionnante. J’ai du déguerpir prestement sans demander mon reste…

 

En Alaska, la prohibition de l’alcool existe encore et tous les villages, dits “secs”, de la côte y sont soumis. Je retrouve alors avec plaisir la bonne ambiance et la quiétude des villages amérindiens de l’Ontario et du Manitoba. Je rencontre tous les jours des Inuits très hospitaliers, éparpillés le long des berges dans leurs camps d’été près desquels ils posent des filets. La pêche au saumon, très réglementée pour préserver les populations déclinantes, est ouverte et on peut les voir par dizaines remonter les rivières pour frayer. On me propose très souvent du poisson ou de la viande, seulement, depuis la traversée des Rocheuses, j’ai formulé le vœu de ne plus jamais en manger. Je regrette de ne pas avoir pris cette décision plus tôt car contre toute attente, cela n’est pas du tout mal vu de la part de mes hôtes. Les réactions sont le plus souvent amusantes car ils ne s’imaginent pas vraiment qu’un végétarien puisse se tenir sur ses deux jambes… Le régime de leurs proches ancêtres se composait à 80-90% de poissons et de viandes, aussi, dans les contrées nordiques, l’alimentation carnée reste prédominante, à ceci près que dorénavant, ce sont essentiellement le bœuf, le porc et le poulet qui sont consommés.

Je me trouve actuellement dans le petit village de Golovin pour un arrêt de quelques heures seulement, car la fin de l’expédition approche et mes jambes ne veulent plus s’arrêter. Depuis Kaltag je ne fais que suivre l’Iditarod qui se termine à Nome, la prochaine ville de mon itinéraire côtier.

 

Une famille à son camp de pêche près d'Elim
Une famille à son camp de pêche près d’Elim
Portage près du cap Darby
Cabane à Walla Walla

Nome

15 juillet 2016

Chaque personne rencontrée en Alaska me demande si je porte une arme pour me protéger des ours. Aussi, suis-je blasé par cette question à laquelle je réponds de plus en plus négligemment. Mais en quittant Golovin, j’ai eu un sombre pressentiment, je me suis dit qu’à force de rire du “Grand Méchant Grizzly”, il allait m’en arriver une prochainement. Toute la journée, j’ai redoublé de précautions pour prévenir toute rencontre avec les ursidés. La cabane convoitée pour clore la journée était alors visible et il ne me restait qu’à franchir une série de buissons pour l’atteindre, mais le pressentiment de danger était toujours aussi fort en moi. Avant de sortir des derniers fourrés, je suis resté caché pour observer les alentours et, aussi incroyable que cela puisse être, il y avait une maman ours avec son petit. Si j’avais foncé comme j’ai l’habitude de le faire, je me serais retrouvé

au milieu d’eux. Erreur que l’on ne commet généralement qu’une fois dans sa vie… Ce soir là, il tombait des cordes et une tempête menaçait, alors j’ai pris le risque de contourner la cabane pour y rentrer à pas de loup, du côté opposé aux ours. Quelques minutes plus tard, le vent s’abattait sur la côte et je pouvais jouir en toute sécurité, depuis la fenêtre de l’abri, du spectacle envoûtant de l’océan déchaîné. Je n’ai pu dormir cette nuit là tellement la vue, juste, de ce pressentiment m’avait bouleversé.

 

Empreinte d’ours

La suite du parcours s’est déroulée sans incident, je n’ai eu qu’à marcher sur la toundra et gravir de nombreuses pentes, recouvertes de délicieuses mûres arctiques et de myrtilles, du haut desquelles la vue était sublime. Je suis arrivé à Nome hier où j’ai été accueilli par Harvey Miller, rencontré la veille, par hasard, sur la route le long de la lagune, alors que je recherchais désespérément de l’eau douce pour étancher ma soif. Sur la côte, il n’est pas toujours facile de s’en procurer, à maintes reprises, je me suis contenté de ne boire qu’une fois par jour. Harvey est un mec en or, chez qui je me suis accordé, une journée dont j’avais grand besoin. Bien plus que le repos concédé à mon corps, c’est la chaleur humaine émanant des agréables rencontres qui me remplit d’énergie. Grâce à l’aide généreuse de la population de Nome, je vais repartir demain matin sur un vélo en direction de Teller, située à 120 km environ. Puis, il me restera à traverser un dernier lagon avec le kayak, avant de marcher sur Wales, l’ultime destination d’America Extrema.

 

En route pour Nome

 

Wales / Cap Prince de Galles

23 juillet 2016

Après 8h de VTT sur une piste de terre très vallonnée, j’arrivais à Teller, transi par la pluie mais heureux, chez Joe Garney, un musher, mi-Italien mi-Esquimaux, de grande renommée. Depuis Nome, Harvey Miller avait tout organisé et une famille d’accueil m’attendait dans les trois derniers villages de l’expédition. Joe m’a invité dans son sauna surchauffé où je suffoquais presque, tandis qu’il m’entretenait de sa conception de l’univers héritée des croyances ancestrales inuites comportant, ce qui m’a surpris, beaucoup de similitudes avec le bouddhisme. Joe, en n’ayant pas adhéré aux religions importées par les missionnaires de différentes confessions, fait figure d’exception. Le lendemain, j’ai traversé un lagon, large sur sa section la plus étroite, de quelques centaines de mètres seulement, mais agité par une houle impressionnante qui soulevait mon

petit kayak d’au moins un mètre, je n’en menais pas large… A Brevig Mission, j’ai eu beaucoup de difficultés à obtenir les bonnes informations concernant l’itinéraire à suivre, ainsi que les distances. Je n’ai pas trouvé deux personnes ayant le même avis. Je m’en suis finalement bien sorti en me laissant guider par un peu de bon sens et d’intuition, excepté le dernier jour, peut-être le pire de tous, que je ne suis pas près d’oublier. Ce jour-là, la température n’était que de 5 degrés, il pleuvait très fort et un vent violent m’empêchait de marcher droit. Je n’ai pas de vêtements réellement imperméables, aussi, avec ces conditions météorologiques, je savais qu’après 8h de marche sans m’arrêter, je tomberai en hypothermie. Ce délai était tout juste suffisant pour rallier Wales, mais c’était sans compter sur une erreur d’itinéraire. Après 6h de marche forcée pour ne pas avoir froid, je me suis engagé sur une piste utilisée par la base aérienne militaire de Tin city qui mène à un col où se trouve une antenne, à seulement quelques kilomètres de Wales.

Mais la route s’arrête nette là-haut, il s’agit d’une impasse. Heureusement, j’y ai rencontré deux militaires qui m’ont sauvé la mise en me conduisant à leur quartier général où j’ai été très bien reçu. Après quelques heures de repos bien au chaud, je suis reparti dans des habits secs, et le mercredi 20 juillet vers 19h30, je me trouvais au Cap Prince de Galles, le point le plus à l’ouest du continent Nord-Americain, j’avais mené à son terme America Extrema. Je ne réalise toujours pas ce que je viens d’accomplir et je n’ai pas encore réussi à relâcher l’énorme tension nerveuse qui m’a fait tenir jusque là malgré l’épuisement. Il me faudra sûrement attendre le retour en France, prévu dans quelques jours, pour vraiment décompresser et savourer pleinement cette victoire. Ce sera alors le moment d’écrire le dernier chapitre de cette longue aventure.

Au cap Prince de Galles
Avec Harvey Miller, à Nome
Avec Harvey Miller, à Nome
En route pour Teller
En route pour Teller
Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.