Jour 13 à 22 : De Mulhouse à Ulm

Après 3 semaines sur Eurotopia, je ressens, comme le disait Nicolas Bouvier, que ce n’est pas tant moi qui fais le voyage que le voyage qui me fait…

Je commence à perdre certains repères et habitudes de ma vie habituelle pour laisser la place à autre chose qui émerge tout doucement des brumes de l´inconscient. Une sensation douce et bonne qui prend chaque jour un peu plus racine dans mon corps. Je parle d’un ressenti physique, un mélange de paix et de force, au-delà d’une simple sensation de bien être, qui me permet de faire face à toutes mes émotions sans les refouler.

J’avais auparavant compris intellectuellement que le corps humain est une sorte d’antenne capable d’émettre et de recevoir des messages. Mais lorsque l’on accepte de vivre pleinement ses émotions, y compris ses angoisses, cela ouvre une porte vers les commandes de cette antenne. Tout devient alors plus fluide dans l’existence, ce dont on a réellement besoin arrive au bon moment et il n’y a qu’à écouter son ressenti (dans la confiance qu’il est toujours juste) pour prendre les bonnes décisions. C’est déjà ce que l´on fait (en général) pour des choix de vie importants. Mais pouvoir laisser cette intuition pénétrer jusqu’aux détails de nos existences ouvre de nouvelles possibilités…

C’est dans cet état d’esprit que sont réglées mes journées : je me lève quand j’en ai envie, je quitte mes hôtes quand je sens que c’est le moment pour eux et pour moi, je cours a la vitesse qui me convient et je m’arrête la ou je me sens bien. Et mes journées se terminent quand je sens que j’ai fait ma part du travail, généralement après 45 km. C’est ainsi que je vis ce voyage : je n’ai à me soucier que d’avancer autant que possible chaque jour, et, en échange, l’univers m’apporte ce dont j’ai besoin. Pour anecdote, le jour où j’ai maladroitement perdu une pièce de ma Gopro, mon hôte du soir en avait une de rechange à me donner…

Et c’est ce qui s’est passé jusqu’à présent même s´il y a eu des rates a un moment ou je me suis mis a douté…

Car depuis le début du voyage je traîne avec moi comme un boulet la peur de ne pas avoir un toit pour dormir tant et si bien que j’ai fini par attirer à moi cette situation a 2 reprises consécutives… C’était en Suisse, dans des grandes villes où j’ai dormi dans la rue. Même a ces moments la je peux considérer que j’ai eu de la “chance” : la première nuit une personne m’a donne une couverture et j’ai trouvé des cartons pour me faire un matelas. Nuitamment, je me suis laisse guide par mon instinct qui m’a menée dans un parc boise, en haut dune butte entourée de menhirs décrivant un cercle. Un endroit singulier ou j’ai dormi d’un seul oeil sous des arbres protecteurs survoles par un drone qui avait peut être détecte ma présence par rayonnement infra rouge.

Et la nuit suivante, un Suisse d’origine algérienne qui ne pouvait me recevoir chez lui m’a installe un lit au bord du Rhin, sous un croissant de lune, et m a accordé un massage de tout le corps sans que je lui demande quoi que ce soit, alors que jetais somnolant. Moment inoubliable…

C’est assurément la recherche hasardeuse d’un endroit où dormir qui m’apporte le plus de situations rocambolesques et qui donnent du piment au voyage. J’ai ainsi vécu une nuit dans : une écurie avec 3 chevaux, dans un tipi, une tente, une communauté végétarienne, un chalet suisse entouré de foret, à l’hôtel et à plusieurs reprises, dans un lit confortable entouré de la chaleur d’un foyer. Des expériences uniques et enrichissantes que j’ai pu vivre grâce à la bienveillance des personnes que j’ai croisent sur ma route. C’est l’un des messages de ce voyage : l’amour et la confiance en la vie peuvent tout, y compris me faire traverser l’Europe alors que je n’ai rien avec moi !, quand bien même cette confiance et cet amour sont imparfaits.

Coté géographique, après Mulhouse je suis le Rhin cote suisse ce qui n’était pas toujours agréable en raison de l’industrialisation de la région. J’ai retrouvé le calme et le charme champêtre à partir du lac de Constance en Allemagne, ou j’ai ensuite rejoint les premiers méandres du Danube qui s’écoule dans une vallée encaissée coiffée d’à-pics et de forêts. Magnifique et sauvage sur une 50 aine de km avant qu’il ne se domestique dans les plaines bordées de villages, de champs et de forets. Je vais maintenant suivre le Danube jusqu´a la mer noire, sans interruption.

Côté rythme, j’avance avec une régularité d’horloge suisse avec une moyenne d’environ 45 km quotidiens, quel que soit le terrain. Un terrain qui a ma grande surprise varie beaucoup. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de parties caillouteuses en Suisse et en Allemagne. Cela me ralentit, car mes pieds ne sont pas encore suffisamment aguerris pour courir dessus, alors je me contente de marcher précautionneusement.

Toutes ces journées passées à mettre un pied devant l’autre en faisant attention à chaque pas me contraignent à développer une concentration permanente et à filtrer mentalement toutes les sensations douloureuses. Loin, d’être une activité basique, cela développe un véritable entraînement de fond à la pleine conscience. Car sans elle, la moindre distraction se paye cash par un caillou pointu. En somme, pas à pas, le voyage me façonne à sa manière, de la tête aux pieds.

Ces longues méditations me font aussi réfléchir a la folie de ce monde quand je vois tous ces masques dans les lieux publics et les magasins. Je songe alors à quelles seront mes priorités quand je rentrerai.

Comme le disais également Nicolas Bouvier : “La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir.”
En attendant, je repose mes pieds…

Des pieds que je repose pour la journée du côté d’Ulm chez Heidi, une charmante Allemande qui m’apporte tout ce dont j’ai besoin pendant ce temps repos que je mets a disposition pour donner des nouvelles et m’occuper de la logistique du voyage. Je vous écrirai à nouveau d’ici une dizaine de jours. D’ici là, chers lecteurs, portez-vous bien et merci pour vos nombreux messages…”

 

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