Jour 64 à 75 : De Budapest à Calafat

Depuis le dernier article écrit alors que je me trouvais à Belgrade, la capitale de la Serbie, j’ai fini de traverser ce pays avec Hervé venu pour me filmer avec son drone et aussi pour partager avec moi une partie du voyage. Après 4 jours et 200km de péripéties ensemble, nous nous sommes séparés au bord de la frontière avec la Roumanie. Il était temps pour Hervé de prendre son vol retour et pour moi de rentrer en Roumanie. Comme je voyage sans papier, j’ai franchi la frontière au point de confluence entre la Nera et le Danube. Pour cela j’ai traversé une zone marécageuse et nagé sur une dizaine de mètres. Je fus surpris que ce soit aussi facile de passer… J’ai ensuite couru sur 25 km avant de me faire arrêter par une patrouille de police pour un contrôle d’identité. Après avoir prétexté que j’avais perdu mes papiers en Serbie et que j’étais passé par la rivière Nera pour ne pas perdre de temps en tâches administratives, la police frontalière roumaine m’a reconduit à la frontière en me disant de retourner chez les Serbes pour me débrouiller avec eux. Sans quoi si je revenais chez eux sans papier c’était un mois de prison…

De retour en Serbie, j’ai ensuite trouvé un téléphone pour contacter Hervé qui heureusement n’était pas loin, car il avait raté son train. Comme depuis mon entrée en Serbie je commençais à perdre la motivation et la force nécessaire pour finir mon voyage, j’avais demandé à Hervé de venir avec mon passeport, au cas où je souhaite arrêter à Belgrade et rentrer chez moi. Hervé est donc revenu vers moi à vélo pour me donner mon passeport et, le lendemain, m’aider à passer la frontière, dans les règles cette fois… Sauf que le poste frontière était fermé et que nous avons dû faire un détour de 60 km pour passer à un autre poste. Un détour que nous avons effectué en voiture grâce à la gentillesse d’un Serbe qui nous avait donné sa carte de visite la veille en nous disant, providentiellement, de l’appeler si besoin…

Une fois au poste frontière la partie n’était pas gagnée pour autant, car ils se sont aperçus que je n’étais pas officiellement entré en Serbie. Mais comme Hervé était avec moi et qu’on leur a expliqué que nous traversions l’Europe ensemble ils ont cru à un bug informatique et ils m’ont laissé passer. Ouf ! Nous avons ensuite pris un bus pour retourner dans la ville roumaine ou je m’étais arrêté. Le tout moins de 24h après l’arrestation. Je ne posais pas le pied par terre dans cette ville que je retombais face à face avec le policier, éberlué, qui m’avait reconduit la veille en Serbie… J’avais ma revanche… Depuis, en l’espace de 4 jours en Roumanie j’ai été contrôlé 6 fois… Je n’ai jamais vu un pays autant surveiller ses frontières ni se méfier autant des coureurs pieds nus…

Il y a 10 ans, j’étais venu un mois en Roumanie pour faire le tour du pays à vélo, et je dois dire que je ne le reconnais pas. Des forêts entières ont été rasées pour y planter des céréales, les puits sont abandonnés quand ils ne sont pas souillés, et bien des arbres fruitiers le long des routes ont été coupés. Je me souviens également que dans les magasins on ne trouvait que des produits alimentaires non transformés et que tous les habitants étaient sveltes. Aujourd’hui ils ont bien rattrapé leur “retard” et l’épidémie d’obésité est galopante.

De mon côté le voyage m’a épuisé physiquement et mentalement si bien que j’ai demandé à Hervé (qui avait raté son vol) de m’accompagner jusqu’à la fin du voyage en m’assistant ponctuellement afin de conserver l’état d’esprit du voyage. Mais plus je vais vers l’est et moins les habitants comprennent ma démarche si bien qu’il m’est de plus en plus difficile de trouver de l’aide pour avancer. Une aide que, moi-même, je suis de moins en moins enclin à demander. Tant et si bien que j’ai fini par commettre une erreur de jugement, en fin de journée, en montant dans la voiture de trois jeunes parlant français. Ils étaient censés me conduire chez eux à l’intérieur du village ou je m’étais arrêté pour passer la nuit. Sauf que les trois lascars m’ont conduit à plusieurs kilomètres de là en roulant très vite et en riant quand je leur demandais où ils m’emmenaient… Heureusement des travaux sur la route les ont forcés à ralentir et je suis sorti du véhicule en marche à leur grande surprise…

Depuis cet incident qui s’est bien terminé (juste une petite plaie à un pied) j’ai décidé de finir le voyage avec l’assistance d’Hervé pour m’épargner les aléas du couchage. L’aventure sans papier, sans équipement et sans argent s’est donc terminée en Roumanie sans aucun regret, car j’avais tout donné et je ne pouvais pas aller plus loin de cette manière. Je vais maintenant courir les 500 derniers kilomètres d’Eurotopia toujours pieds nus, au rythme de minimum un marathon par jour, et en ne mangeant que des fruits ( ça, ça ne change pas !). Arrivée prévue à Constanta au bord de la mer noire dans 10 jours, où je retrouvais l’équipe de tournage pour filmer l’épilogue. En attendant, Hervé et moi prenons une journée de repos avec une purge chacun histoire de reprendre des forces après toutes ces tribulations.

A très bientôt les amis !!!

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8 thoughts on “Jour 64 à 75 : De Budapest à Calafat

  1. Author’s gravatar

    Bon courage et beaucoup de force pour terminer ce voyage aventure! Ne pas faire comme tout le monde peut devenir suspect aux yeux de la “société” ou plutôt d’une forme rigidifiée de société au nom d’un sacro-saint dictat!!!
    bonne continuation
    Marie-Bénédicte

  2. Author’s gravatar

    Exceptionnelle expérience humaine Florian ! Bravo pour cette persévérance et humanité dont tu fais preuve. Que ces derniers jours te soient doux… conscient de donner un merveilleux exemple des capacités incroyables du corps humain version “hormèse-fruit and co”. Que les forces de vie t’accompagnent ! Belle route. et dans la joie de te croiser.

  3. Author’s gravatar

    Bonsoir Florian
    Que de rebondissements dans cette aventure ! Heureuse de lire que ca se termine bien pour toi 🙂
    Encore bravo pour ce périple et surtout prends bien prends bien soin de toi.
    Je suis encore épater d’entendre l’équivalent d’un marathon PAR JOUR ! C’est encouragent pour voir ce dont on est capable lorsqu’on le décide et qu’on se donne les moyens.
    Bravo sincèrement.
    Hâte de lire la suite, bonne route Florian !

  4. Author’s gravatar

    bravo Florian
    Depuis le départ, le risque était prévu . Malgré tout, tu as à réaliser un très long chemin et tu nous fais découvrir beaucoup de choses à travers ton récit et ton expérience. La démarche n’était pas aisé et tu nous as déjà énormément surpris . Termines bien ce voyage ( en toute sécurité) .

  5. Author’s gravatar

    Florian,
    Tu es pour nous tous la preuve que l’alimentation vivante peut nous aider à faire face à de lourdes épreuves physiques, mais le mental est aussi nécessaire, or celui-ci est en corrélation directe avec son environnement humain…Il s’avère que malgré la libération du joug communiste, les pays de l’Est sont retombés dans leurs travers historiques qui les ont mené à la guerre et à l’asservissement…
    A très vite pour connaître la fin de ton aventure…

  6. Author’s gravatar

    Bonjour Florian,

    Nous suivons vos aventures avec intérêt.
    Pas de nouvelles sur le blog de ce site depuis le 25 août dernier, est-ce que tout va bien ?

    En espérant que tout se passe pour le mieux.

    Amicalement depuis la Corse.

    Audrey

    1. Author’s gravatar

      Les nouvelles arrivent aujourd’hui !

      Répondre
      1. Author’s gravatar

        Aaaah :-))))
        Merci !!

        Répondre

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