Jour 76 à 88 : De Calafat à Constanta

En réalité ce n’était pas 500 km qui restaient mais 600, que j’ai parcouru avec une moyenne quotidienne de 50.

Bien que je n’avais plus à me soucier de trouver de la nourriture et un endroit pour dormir grâce au soutien logistique de mon ami Hervé (cf. récit précédent), cette dernière partie fut très éprouvante. J’ai couru sur des routes rendues dangereuses par la présence de nombreux poids lourds et des voitures à la conduite nerveuse et au klaxon facile.
Et autour de moi, sur tous ces kilomètres, un immense désert s’étendait à perte de vue. Pas un arbre à la ronde (sauf quelques rescapés dans les villages), à la place des plantations de maïs, de soja, de tournesol, etc.

Pendant ces longues journées sous un soleil de plomb permanent, ma concentration était entièrement absorbée par les quelques mètres de goudron devant moi (pour éviter les gravillons et les éventuels objets perforants), par la surveillance visuelle des véhicules venant de face et la surveillance auditive des véhicules venants de derrière.

Des journées usantes physiquement et nerveusement où je pouvais heureusement compter sur la présence d’Hervé qui faisait son maximum pour me soutenir et assurer ma sécurité.

Pendant ces longues heures de course, j’ai eu tout le temps de réfléchir aux enseignements que m’avait apportés ce voyage.

Les voici :

Enseignement numéro 1 :

Il y a une forte corrélation entre la qualité de l’environnement et l’humanité des personnes qui l’habitent. J’ai pu observer que là où le paysage est beau, l’ambiance calme et qu’il y a des arbres fruitiers en quantité les gens sont de bonne humeur, souriants, accueillants bref, plus humains qu’ailleurs où la nature est reléguée au second plan. Moralité : l’endroit où l’on habite est primordial pour notre équilibre et notre bien-être.

Un voyage comme Eurotopia est énergivore au point de vite conduire à l’épuisement. Une situation idéale pour ressentir les éléments et les pratiques qui redonnent efficacement des forces quand on ne peut plus compter sur les siennes.

Enseignement numéro 2 :

Nous tirons principalement de l’énergie du repos (sommeil ou sieste adossé à un arbre), de l’air respiré en quantité (via le sport ou les respirations Wim Hof), du soleil (en exposant sa peau), du contact avec la nature, de l’alimentation vivante, des pensées et émotions positives (en pensant et ressentant les bons moments du passé et ceux à venir que l’on souhaite et visualise), et, surtout, des contacts humains lorsque l’on se sent écouté, compris, encouragé, aidé voire même aimé. Un simple sourire, un bonjour, un geste de fraternité à le pouvoir de recharger nos batteries. Moralité : ne sous-estimons pas le pouvoir des forces de la nature et des gestes de bienveillance (même anodins). Leur énergie dépasse de loin nos forces personnelles limitées.

Enseignement numéro 3 :

La solitude et un effort d’endurance dans la nature est un bon cocktail pour laisser vagabonder son esprit qui, tôt ou tard, finira par faire remonter à la surface de la conscience des projets ou des rêves que notre âme aspire à réaliser dans cette incarnation. On reconnait l’authenticité de ces projets et de ces rêves à l’énergie et à la joie qu’ils nous procurent (parfois accompagnées de frissons) simplement en pensant à eux. Une fois de retour au quotidien, dans la matrice, le piège consiste à repenser à ces rêves en les trouvant ridicules ou irréalisables. Le ridicule est précisément de ne pas considérer comme de la plus haute importance tout ce qui fait vibrer notre âme, aussi fou cela puisse-t-il être…

Lorsque l’on voyage sans équipement et sans argent, on est totalement dépendant du bon vouloir des personnes que l’on rencontre. Et quand on est en plus pieds nus et avec des vêtements étranges, cela suscite très souvent la peur ou le rejet. Alors cette situation peut vite engendrer de la colère ou de l’exaspération.

Enseignement numéro 4 :

Rejeter ceux qui nous rejettent revient à reprocher à l’autre ce que nous-mêmes sommes incapables de faire : accueillir ce qui est sans juger. Accepter le rejet ou la différence est un soulagement, une libération.

Dans les conditions où j’ai voyagé (avec mon look, sans argent ni équipement et la crise de manipulation visant à faire peur) je dirais qu’un très faible pourcentage des personnes dont j’ai croisé le chemin étaient prêtes à m’héberger. Pour trouver ces bonnes âmes au milieu de la masse, je ne pouvais donc compter sur le hasard (Précision : en 75 jours de voyage, il n’y a que 4 nuits où je n’ai trouvé personne pour me loger.) ou sur des raisonnements intellectuels, je devais écouter mon intuition et décoder les comportements.

Avec l’expérience et un certain degré de sensibilité, j’ai appris à lire les intentions (bienveillantes ou non) en un regard. Parfois la simple démarche de la personne ou le ton de sa voix suffit. Pour cela il est nécessaire d’être à l’écoute de son propre ressenti et ne pas refouler certaines de ses propres émotions ou avoir (par exemple) des blessures émotionnelles non guéries qui viennent parasiter le dialogue avec son corps.

Enseignement numéro 5 :

Le langage corporel (contrairement aux paroles) ne ment pas et notre propre ressenti est toujours juste. Alors, écoutons-les ! Bien des relations humaines s’en trouveront simplifiées et nous nous dirigerons vers les “bonnes” personnes…

Sur Eurotopia j’ai été gagné par la peur en Serbie après être entré illégalement dans ce pays. Le moindre contrôle d’identité pouvait en effet me mener en prison, d’autant plus que certains Serbes appelaient la police quand je leur demandais l’hospitalité. Tant et si bien que je m’inquiétais dès qu’une voiture ralentissait à ma hauteur, et le soir je me cachais pour dormir. Trop de fatigue et complètement décentré, la peur a pris le dessus sur moi et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à subir le voyage, perdant la motivation pour continuer. Pourtant, seule la perception de l’expérience que je vivais avait changé.

Enseignement numéro 6 :

La peur est une émotion naturelle et légitime quand notre vie est menacée. Elle est là pour assurer notre survie et en ce sens il est vital de l’écouter. En revanche, si on laisse cette peur diriger notre vie, loin de nous apporter la sécurité que nous convoitons, nous choisissons la pente qui conduit aux enfers…

Quand je vois toutes ces personnes porter volontairement le masque ou bien se nourrir avec des poisons notoires, il m’arrive de désespérer et de les juger… Sur Eurotopia ces mêmes personnes m’ont parfois sauvé la mise en m’hébergeant ou en me rendant un service.🙏

Enseignement numéro 7 :

Quel que soit le degré de conscience de nos actes, nous participons tous aux plans parfaits de l’Univers. Alors, faisons-lui confiance, même (et surtout) au cœur de la tempête…

Connaître des états de grande fatigue permet de mesurer la puissance insurpassable de l’amour. Je ne parle pas ici d’attachement à une femme, un homme ou à des enfants. Mais de cette énergie qui se dégage à chaque fois que l’on établit un contact authentique d’humain à humain. Chaque soir où j’ai été invité à dormir, la fatigue de la journée s’envolait comme par magie devant l’humanité dont mes hôtes faisaient preuve.

Enseignement numéro 8 :

Bien souvent nous multiplions en nombre ou en fréquence des contacts humains trop superficiels qui ne nous nourrissent pas. L’amour dont nous avons tous besoin se manifeste dès lors que nous sommes pleinement présents, par la seule perception, à l’autre. C’est cet état de pure écoute que nous recherchons tous dans nos relations.

Le pendant de l’enseignement numéro 4, sur l’acceptation, sont les limites de cette acceptation. Nous avons tous des limites et des besoins fondamentaux qui ne sont pas négociables. Voyager sans rien en étant totalement dépendant des autres m’a permis de les mettre en lumière dans les moments difficiles où les bornes étaient dépassées.

Enseignement numéro 9 :

Il est de notre responsabilité individuelle d’identifier clairement nos limites et nos besoins afin de connaître les conditions nécessaires à notre bien-être. C’est une condition préalable pour se dédouaner du poids de la culpabilité lorsque nous ne répondons pas aux attentes illégitimes de notre entourage.

Après toutes ces réflexions, l’ultime ligne droite tant attendue et visualisée depuis 5 ans arrivait enfin… L’équipe de tournage du film avait organisé à mon insu une arrivée surprise escortée par la police qui, après m’avoir inquiétée pendant trois mois, assurait maintenant ma sécurité jusqu’au centre-ville de Constanta où m’attendait une réception avec le maire adjoint de la ville, le prince de Roumanie ainsi que ma mère, ma grand-mère et ma compagne… Cette fin de voyage fut pour moi très émouvante et elle s’est clôturée avec un bain dans cette mer noire dont je rêvais depuis si longtemps.

Le voyage aura duré 88 jours avec 8 jours de repos et 80 jours couru à une moyenne de 8-9km/h pour 45 km quotidiens.

Un voyage sous l’auspice du chiffre 8, mon chiffre préféré.

Avant de partir pour Eurotopia, je savais que c’était mon dernier voyage. Ils ont tous été une sorte d’école de la vie et je crois qu’il est maintenant temps de passer à autre chose et de prendre racine. Je sens qu’une nouvelle vie va commencer pour moi, notamment sur le plan professionnel puisque je vais arrêter mon travail forestier pour me consacrer uniquement au domaine de la santé dont la société à visiblement besoin plus que jamais…

Mon esprit d’aventure et de découvertes ne m’a pas quitté pour autant et j’envisage comme prochaine aventure de réaliser une grande expérience scientifique pour tester mon système immunitaire et montrer qu’un corps nourrit sainement et avec une bonne hygiène de vie ne craint aucune maladie.

En attendant, je vais m’atteler rapidement à l’écriture de ce récit de voyage et participer à l’élaboration du film “L’empreinte” de Pierre Barnerias qui sortira au cinéma en fin d’année.

Eurotopia n’est donc pas terminé et continuera à vivre encore longtemps à travers le livre et le film… Puisse-il faire bon voyage lui aussi à travers les consciences.

Le mot de la fin : MERCI à tous ceux qui m’ont aidé sur le chemin, sur les réseaux sociaux, par leur don, ou en pensée. MERCI du fond du coeur !!!! Et souvenez-vous : l’amour et la confiance peuvent tout…

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8 thoughts on “Jour 76 à 88 : De Calafat à Constanta

  1. Author’s gravatar

    Bravo Florian, pour avoir été jusqu’au bout malgré toutes les épreuves auxquelles tu as su faire face.
    Ce que tu as fait va inspirer beaucoup de monde, c’est certain.
    Et mon petit doigt me dit que tu vas continuer à nous inspirer et … transmettre tes apprentissages au travers de riches stages.

  2. Author’s gravatar

    Merci Florian pour ces 3 mois à te suivre, à espérer, à craindre pour Toi…Ne pouvant être près de Toi, il ne me restait que la possibilité de penser très fort à Toi pour te soutenir…
    Ton aventure se termine, mais elle va continuer par ton expérience acquise qui va rayonner sur Terre à travers tes conseils, tes documents et tes relations: Mon Maître Krishnamurti disait qu’il suffisait d’une douzaine de personnes éveillées pour changer le destin de la planète, tu en fais dorénavant partie…
    Amitiés

  3. Author’s gravatar

    Je te félicite Florian pour ce grand voyage vers les hommes et toi même.
    J’ai été émue par tes conclusions et particulièrement celle où tu dis que des gens qui t’auraient agacé en temps normal, t’ont en fait accueillis.
    Ça, c’est une belle leçon de tolérance qui me fait chaud au cœur et je vais essayer de m’en inspirer au quotidien.
    Merci pour tout Florian !!
    Je te souhaite beaucoup de bonheur et de réussite pour tes projets futurs !!
    Et vivement le film !!!
    Je t’embrasse.
    Sylvie 🌞🌞😊😊❤️❤️😊😊🌞🌞

  4. Author’s gravatar

    Bonjour Florian,
    Cet épilogue est magnifique à lire (et à relire), très complet. Merci à toi.
    Manu

  5. Author’s gravatar

    Bravo Florian !!
    J’ai pris le “train en marche”, mais j’ai lu tous les compte rendus ….;-)
    J’ai beaucoup aimé tes enseignements du dernier “post”.
    Voilà une “partie” de cette aventure qui se clos.Merci encore pour tous ces partages et ta vision des choses qui à moi me parle. Et certainement à d’autres aussi.
    bon retour chez toi et auprès de tes proches.
    Elsa

  6. Author’s gravatar

    Je viens de decouvrir ta derniere
    Etape et tes conclusions
    J en ai le cœur touché merci
    Et quelle fin ! acceuil local et la surprise de retrouver ta famille
    C est sur que ta motivation va continuer et evoluer belle continuation de l aventure d etre
    Vivant ! ♥️🙏

  7. Author’s gravatar

    Thank you Florian for showing us the true meaning of being human. Man had to enlarge his limits and use his will to rise above stronger animals, along thousands of years…same man now lives imprisoned in a building, making money he doesn’t even have time to spend, living in fear…thank you Florian for reminding everyone what a Man should be and what a Man can endure.

  8. Author’s gravatar

    Très beau récit, beaucoup courage, merci

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