Introduction
Le désarmement est un accompagnement corporel visant à favoriser la libération de charges émotionnelles anciennes, notamment celles associées à des expériences vécues comme traumatisantes.
Il repose notamment sur la stimulation de points d’acupression spécifiques, combinée à la respiration, au mouvement et à l’usage de la voix. En fonction des zones corporelles sollicitées, des émotions anciennement contenues — peur, colère, tristesse, frustration — peuvent remonter à la conscience, être ressenties pleinement, puis se relâcher. L’objectif n’est pas de « forcer » une émotion, mais de créer un cadre permettant à certaines tensions profondément ancrées de se relâcher.
Lorsque le corps et le psychisme s’allègent de tensions accumulées au fil du temps, davantage de joie, de paix, de confiance en soi et de vitalité se restaurent naturellement.
Les mécanismes du trauma
Un événement devient traumatique lorsqu’il dépasse la capacité d’intégration du système nerveux, particulièrement durant l’enfance, lorsque celui-ci est encore en maturation. Il laisse alors une empreinte corporelle durable. La psychotraumatologie et les neurosciences affectives parlent de patterns neuro-musculaires conditionnés et de boucles physiologiques répétées impliquant le système nerveux autonome.
Comme l’exprime le Dr Gabor Maté dans La sagesse du trauma, le trauma ne réside pas dans l’événement, mais dans ce qui se produit intérieurement lorsque l’événement survient. Surtout si nous ne sommes pas accompagnés à ce moment-là pour en parler.
Toute émotion (et même toute pensée) s’accompagne de modifications hormonales, musculaires, respiratoires et nerveuses. Ainsi, lorsqu’une émotion intense ne peut être vécue entièrement, un mécanisme de protection s’active. Cela peut être une mise à distance de l’affect, une dissociation ou un refoulement. Cette stratégie adaptative permet de protéger l’organisme d’une surcharge physiologique et psychique qui pourrait entraîner des lésions corporelles. Le système ne se contente pas de réfréner l’émotion : il réorganise aussi la représentation de soi et du monde afin d’éviter que la situation ne se reproduise. Autrement dit, le mécanisme de protection physiologique s’accompagne souvent d’une reconfiguration inconsciente des croyances.
Le corps n’utilise pas seulement ce mécanisme pour les traumas, mais aussi pour toutes les émotions qui nous tourmentent au quotidien et que l’on refuse d’accueillir. Dans le milieu de la spiritualité on entend souvent parler d’acceptation comme étant la seule solution à nos souffrances. Cela ne signifie pas accepter tous les événements de la vie mais accepter tout ce qu’il se passe à l’intérieur de nous, sans quoi nous le refoulons. C’est cela le lâcher prise et non une triste résignation.
Même si se couper temporairement d’une part de soi permet d’éviter une manifestation émotionnelle trop intense pour le système, le vécu ne disparaît pas et demeure en latence, stocké dans l’organisme. En outre, cette stratégie peut à la longue se transformer en mode de fonctionnement automatique. C’est dans ce contexte que de nombreuses conduites addictives peuvent apparaître. Substances, nourriture, écrans, surinvestissement du travail, sexualité compulsive ou divertissements deviennent des tentatives d’anesthésie émotionnelle. L’addiction n’est alors pas un problème en soi, mais une solution adaptative face à une souffrance non résolue.
Refoulement et stockage corporel
Lorsqu’une émotion n’aboutit pas à une résolution (expression, action, régulation), il peut persister des tensions musculaires chroniques, des schémas respiratoires restreints et une hypervigilance du système nerveux autonome.
Les muscles, par leur capacité à se contracter et à maintenir une posture de défense, constituent un terrain privilégié de stockage. Mais ces charges peuvent également s’inscrire dans les fascias, dans le système nerveux autonome et même dans les toxines accumulées dans les tissus.
Dans cette perspective, il est observé que certaines colères semblent se cristalliser dans les dépôts acides, tandis que certaines peurs s’associent aux déchets colloïdaux. Le terrain physiologique et l’état émotionnel interagissent ainsi en permanence. Lire ces notions de physiologie pour en savoir plus à ce sujet.
De manière générale, les correspondances suivantes sont fréquemment constatées :
- Les colères se manifestent préférentiellement au niveau de la tête et de la mâchoire.
- Les tristesses s’expriment dans la poitrine et la cage thoracique.
- Les traumas liés à la survie, à la domination ou à la violence s’ancrent dans le ventre et le bassin.
- Les hontes, culpabilités et frustrations sexuelles se localisent souvent dans les cuisses.
Ces localisations ne relèvent pas d’un hasard, mais de la fonction physiologique des zones concernées et de leur implication dans les réponses adaptatives fondamentales.
Les scénarios de vie comme processus de libération
Le corps tend naturellement vers l’équilibre. La vie elle-même participe à ce mouvement de régulation pour nous délester des fardeaux émotionnels qui diminuent notre état de santé physique et mentale.
Tant qu’une charge émotionnelle demeure contenue, elle continue de se manifester dans la sphère inconsciente. Elle attire alors de manière répétitive des situations, des relations ou des expériences qui viennent la réactiver en vue de la libérer. Ce mécanisme, souvent désigné sous le terme de loi d’attraction, se met en place via des schémas d’attachement, des croyances inconscientes, des attentes implicites et des réponses automatiques du système nerveux.
Ces scénarios de vie tendent à s’estomper dès lors que la charge émotionnelle refoulée est reconnue, ressentie puis intégrée et que les croyances limitantes sous-jacentes ont été identifiées et reprogrammées. Tant que les émotions ne sont pas acceptées consciemment, les scénarios gagnent en intensité. Les décors changent, les protagonistes diffèrent, mais la trame demeure identique jusqu’à ce qu’elle soit finalement intégrée comme une expérience constructrice de l’être en transformant la relation intérieure à ce qui a été vécu sans en projeter la responsabilité sur l’extérieur.
Devenir responsable de ses émotions
Sur ce chemin de libération, l’un des principaux pièges est de faire reposer la responsabilité de nos émotions sur un coupable, que ce soit une personne ou une situation. L’extérieur peut agir comme déclencheur, mais la racine de l’émotion se situe dans notre propre histoire et nos besoins non nourris.
Exemple : “Je suis en colère c’est parce que tu as fait cela !” revient à attribuer la cause de l’émotion à l’extérieur. En réalité, l’autre est le déclencheur (stimulus), mais la cause réelle est un besoin non nourri. Les 3 modules de base de la Communication Non Violente selon Marshall Rosenberg expliquent très bien ces mécanismes humains fondamentaux.
D’ailleurs, en CNV, on considère que la manipulation commence au moment où l’on rend l’autre responsable de son état intérieur et où l’on cherche, explicitement ou implicitement, à provoquer chez lui de la culpabilité pour obtenir un changement. Cela ne signifie pas que l’autre n’a aucune responsabilité dans ses actes. Cela signifie que notre réaction émotionnelle nous appartient.
Un événement extérieur peut donc agir comme déclencheur, mais l’émotion appartient à celui qui la ressent. La responsabilité émotionnelle consiste à reconnaître cette réalité. Reprendre cette responsabilité implique : reconnaître l’émotion, identifier le besoin sous-jacent et éviter la fuite par la mentalisation excessive ou l’anesthésie comportementale.
Attribuer systématiquement la cause de son état à une personne ou à une situation extérieure maintient le mécanisme de projection et empêche la libération émotionnelle. À l’inverse, accueillir pleinement ce qui émerge permet au stock émotionnel de se vider progressivement, même si le processus peut paraître sans fin.
Certaines émotions s’apaisent d’elles-mêmes lorsqu’elles sont reconnues. D’autres nécessitent d’être traversées intensément : crier lorsqu’il y a colère, pleurer lorsqu’il y a tristesse, trembler lorsqu’il y a peur. Le corps sait naturellement comment se réguler lorsqu’il en a l’espace et qu’on lui accorde la permission.
Le lien entre toxémie et état émotionnel
Le terrain physiologique influence directement l’état émotionnel. Lorsque l’alimentation s’éloigne des lois du vivant et favorise l’accumulation d’acides et de colles, le corps entre en état de toxémie. Cette surcharge affecte le fonctionnement cellulaire, nerveux et hormonal.
Lorsqu’une hygiène de vie plus physiologique est adoptée, le corps enclenche des crises d’élimination destinées à expulser les déchets accumulés. Ces phases peuvent être inconfortables, mais elles traduisent un processus d’autorégulation salutaire.
Le parallèle avec les détox émotionnelles est frappant : refuser la crise (avec des médicaments ou de la nourriture non physiologique) prolonge et augmente la surcharge. L’accepter permet la libération, même si là aussi le processus peut paraître sans fin.
On peut être tenté de croire qu’il est possible de négocier avec la vie mais au final, même s’il y a un temps de répit, les crises d’élimination (toxémiques ou émotionnelles) tendent à réapparaître tant que le terrain n’a pas été réellement assaini. Ceci-dit, nous avons aussi le choix de résister à ces mécanismes naturels jusqu’à ce que le corps impose sa propre régulation.
Démonter l’armure
Tous ces mécanismes de fuite, de protection et de déni de responsabilité de ses émotions constituent une armure. Cette armure a été nécessaire. Elle a permis de survivre au moment du trauma, dans un contexte très différent où nous nous trouvons maintenant.
Mais à mesure que la conscience évolue, l’armure devient trop étriquée. Elle limite la spontanéité, l’élan vital et la capacité à se sentir pleinement vivant.
Plusieurs voies permettent de démonter cette armure :
- en laissant la vie faire, on finira tôt ou tard par lâcher les résistances à accepter ce qui est ;
- pratiquer des techniques de libération émotionnelle ;
- s’engager dans une méditation d’observation comme Vipassana, qui développe simultanément l’écoute des sensations (qui évite le déni ou la fuite) et l’équanimité (qui permet l’accueil et la libération des émotions) ;
- vivre un désarmement.
Dans cette analogie, le désarmement est aux émotions ce que la purge est aux toxines : un processus d’élimination intensif. Comme pour les détox du corps, le chantier est conséquent et rien ne va se solder en 2 ou 3 séances, ni même en 2 ou 3 années. D’où l’importance de développer la foi en la vie et d’être constant dans ses efforts.
Le déroulement d’un désarmement
En amont, un protocole avec des conseils alimentaires et hygiéniques est proposé pour favoriser la disponibilité énergétique et nerveuse. Puis, durant la séance, la personne est allongée et invitée à utiliser la respiration, le mouvement et la voix pour mobiliser le corps en profondeur et favoriser la catharsis. De concert, le praticien exerce simultanément des pressions ciblées sur certains groupes musculaires connus pour maintenir des contractions défensives.
Lorsqu’elles se relâchent, le système nerveux autonome peut quitter l’état de défense chronique et permettre une régulation émotionnelle et nerveuse. L’expérience est souvent puissante et on en ressort avec une sensation de libération et d’apaisement. Elle peut évoquer, dans son intensité, une forme d’exorcisme qui libère ce qui était retenu.
L’exemple du psoas
Le psoas est le principal muscle fléchisseur de la hanche. Il joue un rôle central dans les réponses de fuite et de combat, c’est pourquoi il est l’un des muscles les plus communément chargé. Lorsqu’une situation de danger ne permet ni fuite ni confrontation, l’activation reste inachevée. La tension demeure et, à force de répétition, le muscle peut se raccourcir, se rigidifier, voire devenir douloureux. Lors d’un désarmement, la détente de ce muscle peut ainsi favoriser la libération de charges émotionnelles liées à la survie.
Transcender la douleur et le plaisir
Lorsque plusieurs zones corporelles sont libérées, le corps retrouve progressivement sa capacité à ressentir pleinement, comme un enfant avant qu’on le conditionne à ne pas exprimer ce qu’il ressent. Le taux vibratoire et le niveau de conscience peuvent alors s’élever et il arrive que l’on expérimente des états d’extase.
En outre, la perception ordinaire que l’on a de la douleur se transforme grâce à l’accueil équanime des sensations qui modifie leur tonalité subjective. On retrouve ainsi certains états de conscience développés par la méditation Vipassana.
Dans l’expérience subjective, la douleur apparaît lorsque l’esprit (conscient ou inconscient) associe une certaine sensation à une aversion. La souffrance, elle, apparaît lorsque l’on entre en résistance avec la douleur.
Au-delà des libérations émotionnelles, l’intérêt du désarmement réside dans l’espace qu’il offre au corps pour expérimenter un état de non-réactivité face aux sensations, quelle qu’en soit l’intensité. Le ressenti subjectif à l’origine de la douleur se dissout alors ; il est dépassé par la simple conscience de la sensation, affranchie de la polarité agréable/désagréable. L’expérience permet ainsi de reprendre pleinement la responsabilité de ses émotions, en constatant que la douleur ne provenait pas des doigts du praticien (le stimulus), mais de la résistance intérieure à l’expérience elle-même. Cet état non duel ouvre la possibilité de se relier à la nature même de la conscience, dont la qualité intrinsèque est l’extase.
Conclusion
Le désarmement s’inscrit dans une vision du corps comme système intelligent, orienté vers l’équilibre et la libération. Il ne constitue pas une solution miracle mais un processus progressif de déconstruction de l’armure émotionnelle.
Si ce soin requiert un certain niveau d’engagement et de confiance, il est également possible de préparer le corps avec un massage thaï qui agit comme un échauffement en venant réveiller en douceur les tensions musculaires porteuses de charges émotionnelles. D’ailleurs, dans certaines traditions de massage thaï, comme le dynamique, les libérations émotionnelles sont courantes.